‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 109 sur 177 · LIVRE QUATPJÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATPJÈME

pour rétablir les Bourbons d'Espagne dans leur puissance, comme l'Autriche avait rétabli dans la leur les Bourbons de Naplos.

Dans le conseil des ministres, il y avait déjà division sur ce point, bien que la question ne s'y lut pas encore officiellement posée. M. de Montmorency ne voyait en Espagne qu'une lutte entre la légitimité et la révolution et considérait comme un devoir pour la monarchie française de porter secours à la légitimité espagnole. Non seulement il poussait à la guerre; mais encore il faisait passer secrètement des armes aux royalistes. M. de Villèle, de son côté, inclinait à penser qu'il serait difficile d'éviter la guerre ; il s'y préparait, mais sans la provoquer, avec l'espoir qu'il parviendrait à maintenir la paix. Donc, lorsqu'il examinait la question, c'était en homme qui connaît le prix de la paix et n'en désespère pas, tandis que M. de Montmorency raisonnait en homme qui veut la guerre.

Les choses en étaient là, quand, au moment même où la Chambre des députés discutait le budget, on apprit que, le 7 juillet, à Madrid, la garde royale de Ferdinand VII s'était soulevée, en apparence à son insu, en réalité poussée par lui, dans le but de détruire le pouvoir qui le dominait. Un combat s'était engagé entre cette troupe et la milice. Mais, celle-ci favorisée par la victoire, le triomphe de la révolulion était devenu définitif; la garde royale avait été licenciée, plusieurs soldats arrêtés et fusillés. Obligé de signer des proclamations contre ses partisans, de renvoyer ses amis personnels et d'accepter de la main des vainqueurs un ministère nouveau, Ferdinand VII n'avait obtenu qu'à ces conditions d'aller résider hors Madrid, où régnait la terreur, mais sans cesser de rester au pouvoir de la révolution. Presque aussitôt, une régence royaliste s'était formée et établie à Seu-d'Urgel, pour remplacer le roi dépossédé de sa liberté et avait annulé ses ordonnances, en alléguant qn'il ne les avait signées (jue parce qu'il était captif. Un peu plus

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tard, cette régence était vaincue, obligée de fuir, et ses membres se réfugiaient à Toulouse.

A la nouvelle de ces événements, le gouvernement français, qui, en raison de la fièvre jaune dont on signalait la présence dans la péninsule, entretenait un cordon sanitaire sur la frontière espagnole, le transforma en corps d'observation, chargé de défendre son territoire si la révolution victorieuse menaçait d'y pénétrer. En même temps, il invitait son ambassadeur à Madrid, le général comte de Lagarde, à redoubler d'énergie pour s'interposer efficacement entre les belligérants. Au contraire de M. de Montmorency, qui s'exaltait au récit de ces collisions et voulait jeter sur-le-champ une armée en Espagne pour soutenir la régence d'Urgel, M. de Villèle entendait se borner à des mesures préventives, au moins jusqu'à ce que le Congrès européen qui devait se réunir à Vérone en octobre, eût manifesté ce qu'il entendait faire en Espagne. Son désir de conserver la neutralité, au moins jusque-là, était tel, qu'ayant appris que M. de Montmorency avait favorisé des envois d'armes en Espagne, il lui enjoignit de ne pas continuer une politique aussi périlleuse. Le ministre des affaires étrangères dut se soumettre à cette invitation.

Ces dramatiques incidents se déroulaient, comme on l'a vu, dans le courant de juillet. Quand on les connut à Paris, une ardente émotion s'empara du public. Les uns voulaient courir au secours des royalistes espagnols ; les autres demandaient le maintien de la neutralité. Mais, comme la première opinion était surtout soutenue par les ultras, la gauche y vit ou feignit d'y voir des encouragements donnés à Louis XVIII pour prendre le pouvoir absolu, déchirer la Charte et mettre les révolutionnaires français dans l'impuissance d'imiter les révolutionnaires espagnols. Ces craintes, que pouvait à la rigueur justilier le langage de quelques royalistes exaltés, ne devaient pas cependant être prises bien au sérieux par ceux qui connaissaient le caractère du roi

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