LIVRE QUATRIÈME. ^ ilS
et relui de M. de Yillèle. Ce qui était plus vraisemblable, c'est que le soulèvement de la garde royale madrilène avait pu être encouragé par M. de Montmorency.
Ce concours d'un ministre tVan(;ais, bien que désavoué par ses collègues, laissait planer sur le cabinet tout entier un grave soupçon qu'à l'occasion du budget, le général Foy formula avec une grande force. Il défendit ensuite le droit des P^spagnols à se donner des institutions de leur choix. Ils voulaient la liberté, dit-il, autant que sous iSapoléon ils avaient voulu l'indépendance. Le rôle de la France devait être non pas de les opprimer, mais de s'interposer comme médiatrice entre la vieille Europe et l'Europe rajeunie. Benjamin Constant accusa le ministère d'avoir provoqué les insurrections royalistes dans les provinces espagnoles. Le général Demarçay alla plus loin encore; il proposait de réduire à quatre-vingt dix mille hommes l'elTectif de l'armée française, en s'écriant que jamais « elle ne consentirait à imposer des fers au peuple espagnol, combatlant pour sa liberté ». Le ministère se iléfendit faiblement, et si la majorité lui fut fidèle jusqu'au bout, cependant, quand les Chambres se séparèrent au milieu du mois d'août, elles laissaient derrière elles des irritations et des défiances qu'il n'était pas aisé de dissiper.
D.VLUK.T — Hisloiro île la neslniiraiion. iO
•290 HisTOir.K dp: la restauration
CONGRÈS DE VÉRONE — M. DE \ILLÈLE PRÉSIDENT DU CONSEIL — ÉTRANGE RÔLE DE M. DE MONTMORENCY — LES ÉLECTIONS FORTIFIENT LE PARTI ROYALISTE ET AFFAIBLISSENT LA GAUCHE. — FIN DU CONGRÈS — LES PUISSANCES, SAUF LA FRANCE, RAPPELLENT DE MADRID LEURS AMBASSA- DEURS — DÉMISSION DU DUC DE MONTMORENCY — IL EST REMPLACÉ PAR CHATEAUBRIAND — L'EXPÉDITION D'ESPAGNE DÉCIDÉE — OUVERTURE DE LA SESSION DE 1823 — MAUVAIS VOULOIR DE L'EXTHLME DROITE CONTRE M. DE VILLÈLE — LES CHAMBRES APPROUVENT L'EXPÉDITION — LE DUC D'ANGOULÉME est APPELÉ A LA COMMANDER — VIOLENT DISCOURS DE MANUEL SUR LE CRÉDIT DEMANDÉ POUR LA GUERRE — SON EXPULSION — FIN DE LA SESSION.
Le moment approchait où les gouvernements européens allaient se réunir à Vérone pour examiner en commun quelques-unes des graves questions qui agitaient le continent, et entre autres la question espagnole. Plusieurs souverains devaient se rendre en personne à^ce congrès, et désiraient que Louis XVIII y assistât. Mais, la santé du roi de France ne lui permettant pas d'entreprendre un si long voyage, il dut désigner le plénipotentiaire qui le représenterait. Il désirait que ce fût M. de Villèle. Celui-ci dirigeait idors le ministère des finances. Il objecta que sa nomination serait un affront pour M. de Montmorency, ministre des affaires étrangères, et conseilla de le choisir, ce qui fut fait. On adjoignit à ce diplomate M. de la Ferronnays, ambassadeur du roi à Saint-Pétersbourg, M. de Caraman, ambassadeur à Vienne, et enfin Chateaubriand. Il représentait la France à Londres; il brûlait du désir de jouer un rôle, et, pénétré de ses mérites, se croyait indispensable.
M. de Montmorency partit le premier, le 5'septembre. Il se rendit à Vienne, où devaient avoir lieu des conférences préliminaires. Après son dépari, Louis XVIII, réalisant un projet qu'il caressait depuis longtemps, nomma M. de Villèle président du Conseil. Il lui confia en même temps l'intérim