‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 11 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

avril, et plus justement ses promesses imprudentes aux partisans de sa cause. Au milieu des émotions qui, naguère, signalaient son arrivée à Paris, il s'était laissé aller à prendre envers eux des engagements que la Restauration ne pouvait tenir, tels que ceux qui concernaient l'abolition de divers impôts. Dès les premiers jours de mai, le comte d'Artois, mécontent du tour de la politique, de l'effacement imposé à ses amis, des remontrances du roi, devenait le principal appui des doctrines ultra royalistes dont il portait l'amour dans le cœur et qui, pour le malheur de sa maison, devaient, après avoir été la plus grande difficulté de la Restauration, triompher à quinze ans de là, dans la personne de M. de Polignac.

Autour de lui, se pressaient, s'attachant à son nom comme à un drapeau, à sa cause comme à une espérance, les émigrés qui attendaient leur revanche, évêques, généraux, chefs vendéens, fonctionnaires dépossédés jadis de leurs biens et de leurs privilèges, s'indignant tous du respect que le roi manifestait pour les droits acquis sous l'empire, soit par les prélats et les prêtres qui avaient prêté serment à la Constitution civile du clergé, soit par d'anciens conventionnels titulaires des grands postes de l'État, soit par des officiers supérieurs inféodés à la cause de N-apoléon, soit enfin par les acheteurs de biens nationaux, qui avaient redouté le retour des anciens propriétaires. Le comte d'Artois s'était fait inconsciemment l'avocat et le champion de cette foule revenue d'exil, avide de représailles et trompée, dès son retour, dans ses espérances les plus chères, en trouvant installé à sa place un peuple qui de la royauté acceptait le roi et son principe, mais non les anciens privilèges à jamais détruits. Il y avait, en quelque sorte, deux nations aux prises, représentant, l'une l'ancien régime, l'autre la politique des temps nouveaux, attendant tout, celle-ci de la sagesse du roi, cellelà de l'influence du comte d'Artois et plaçant ses revendications exagérées sous l'autorité de son nom.

Cette rivalité, qui se traduisait par des chocs et des conflits quotidiens, était le plus sérieux obstacle à la pacification. Jusqu'aux funestes journées de 1830, elle constitua le terrain sur lequel combattirent les partis. Pendant toute la durée de la Restauration, on put voir acharnées à se détruire, les diverses tendances qui s'étaient manifestées le premier jour : l'émigration avec ses folles doctrines, fortifiées un moment par l'aventure des Gent-Jours et plus tard par l'avènement de Charles X; la Révolution avec ses implacables exigences, accrues peu à peu, au fur et à mesure que s'affaiblit, au profit non de la liberté, mais de la licence, l'autorité dynastique, qui, pour prix de ses bienfaits, ne recueillit que l'ingratitude; et entre ces deux écoles, celle des royalistes modérés et des politiques, qui comptait dans ses rangs, dès ce moment, on y compta, après le second retour des Bourbons, les hommes les plus illustres de cette période de quinze années.

Telles étaient donc les difficultés qu'avait à résoudre le gouvernement du roi. Avant de raconter comment il en aborda la solution, il est nécessaire de s'arrêter un moment aux divers collaborateurs que les circonstances associèrent de près ou de loin à son entreprise, soit qu'il les eût trouvés en France, en y arrivant, soit qu'il les eût ramenés avec lui de l'exil.

Tout d'abord, il convient de nommer M. deTalleyrand, le baron Louis et l'abbé de Montesquieu, qui furent, avec l'ancien conventionnel Fouché, et à des titres divers, les ouvriers des débuts. Les deux premiers appartenaient au clergé. Ils en étaient sortis avec éclat, M. de Talleyrand surtout, qu'on avait vu tour à tour évèque d'Autun, député aux Etats généraux, partisan de la Révolution au point de proposer l'aliénation des biens ecclésiastiques et de prêter serment à la Constitution civile, puis agent de la France à Londres, décrété d'accusation, émigré, ministre des relations extérieures en 1797, lié avec Bonaparte, mêlé aux négociations pour le

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