‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 12 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Concordat, obtenant du pape à cette occasion d'être relevé à la fois de l'excommunication qu'avaient encourue les prêtres assermentés et de ses vœux religieux ; se mariant ensuite, comblé de dignités et d'honneurs par l'empire, et tombant enfin dans une disgrâce dont il se vengea par l'ardeur qu'il mit à préparer la chute de son maître.

C'est cet homme d'État que son habileté , sa notoriété, la confiance des souverains alliés, avaient imposé au roi, qui n'eut pas d'ailleurs à se repentir de l'avoir accepté. Luimême fit agréer les bons offices du baron Louis, dont les mérites ne tardèrent pas à s'exercer avec éclat. L'abbé de Montesquiou était un ami fidèle du prince, le persévérant conseiller et l'infatigable correspondant des mauvais jours. A côté d'eux, le régicide Fouché, l'ancien oratorien, ministre de la police sous l'empire, créé duc d'Otrante par Napoléon, prit naturellement une telle place, bien que n'étant point dans le gouvernement, que Louis XVIII dut oublier qu'il avait en face de soi un régicide, et le traiter comme un des plus redoutables partisans de sa. cause.

Puis, c'était, au second rang, le comte de Blacas, le compagnon d'exil et le favori du roi, le duc de Dalberg, le comte de Jaucourt, le comte Beugnot, l'abbé de Pradt, que l'Empire avait fait archevêque de Malines et qui revenait aux Bourbons; M. de VitroUes, le confident du comte d'Artois, les membres de la petite cour de ce prince, le comte de Maillé, le comte de Rivière, le comte de Fitz-James, le comte de Bruges, MM. Jules et Armand de Polignac, Sosthène de la Rochefoucauld, de la Maisonfort et de Monciel. Ces divers personnages se disputaient l'influence dans le gouvernement et dans l'entourage de la famille royale.

Dans le pays, elle appartenait à Chateaubriand, à M""* de Staël, à Royer-Collaril, à Laine, à de Bonald, à Joseph de Maistre, à Frayssinous, à Benjamin Constant, à quelques autres à qui la destinée préparait un rôle éclatant, et en tête destjuels il faut citer trois jeunes professeurs, alors au

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début de leur carrière, et qui tentaient l'alliance des institutions parlementaires avec la monarchie : Guizot, Villemain et Cousin.

C'est parmi ces hommes que fut choisi, dès le 13 mai, le premier ministère de la Restauration. M. de Talleyrand eut les affaires étrangères; M. de Montesquieu, l'intérieur; le baron Malouct, dont le rôle aux États généraux comme royaliste constitutionnel n'était pas oublié, la marine; le vicomte Dambray, membre des anciens parlements, les sceaux; le baron Louis, les finances; le général Dupont, célèbre par la douloureuse capitulation de Baylen et les coups de la disgrâce impériale, la guerre ; M. de Blacas, la maison du roi. M. de Yitrolles, envers qui on avait pris des engagements et qu'il fallait pourvoir, fut secrétaire du conseil, avec le titre et le rang de ministre d'Etat, mais avec une situation politi- (}ue rendue difficile par l'inutilité de ses fonctions et l'antipathie qu'il inspirait à la plupart de ses collègues. On donna au comte Beugnol la direction générale de la police. M. Guizot fut secrétaire général du ministère de l'intérieur.

Ce cabinet, composé d'hommes de talents divers, animés d'une égale bonne volonté, offrait un grave inconvénient. Il n'y avait pas communauté de vues entre ses membres ; ce qui lui manqua dès le premier moment, ce fut l'homogénéité. Trois causes contribuèrent encore à l'affaiblir : d'abord le choix du général Dupont, inspiré par le généreux désir d'accorder un dédommagement retentissant à un vaillant soldat victime de l'arbitraire impérial, mais aussi impopulaire dans l'armée que malheureux ; ensuite la présence de M. de Yitrolles, lequel, pour se venger d'avoir été réduit à une situation secondaire et donner une pâture à son besoin d'activité, créa, en opposition au comte Beugnot, une contrepolice qui provoqua les plus sérieuses difficultés et ne put être ultérieurement supprimée que par l'intervention du roi ; et enfin, un peu plus tard, le départ de M. de Talleyrand pour Vienne, dont la conséquence fut d'éloigner de Paris le

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