LIVRE QUATRIÈME
du ministère des affaires étrangères pendant l'absence de M. de Montmorency.
Dans les conférences de Vienne, les questions ne purent faire un pas vers une solution, et rien n'était encore résolu quand le ministre français quitta Vienne pour se rendre à Vérone. En y arrivant, il y trouva Chateaubriand et les autres diplomates français. Les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse, le roi de Naples, l'archiduc de Toscane, le duc de Modène, le duc de Wellington, envoyé par l'Angleterre en remplacement de lord Castlereagh, qui venait de se suicider, y étaient aussi rendus.
Le congrès avait à s'occuper des alfaires d'Orient, des affaires d'Italie et des affaires d'Espagne. Pour les premières, les plénipotentiaires français avaient ordre de demander des garanties au profit des Grecs, et de dénoncer ainsi le conflit qui s'était élevé entre ceux-ci et la Turquie; pour les secondes, ils devaient obtenir de l'Autriche qu'elle réduisît l'armée qui occupait Naples et qu'elle évacuât le Piémont. Quant à l'Espagne, les instructions du gouvernement français pour ses représentants portaient qu'ils ne devaient ni se faire les rapporteurs des affaires d'Espagne, ni formuler aucune promesse d'intervention; elles les invitaient à réserver en tous cas l'indépendance de la France, qui se refusait à se faire l'exécutrice de la volonté euro péenne et entendait n'exécuter que la sienne, au jour e l'heure qui lui paraîtraient les plus propices. Mais, à l'ex ception de l'Angleterre, opposée à une intervention collective de toutes les puissances comme à une intervention isolée de la France, les États représentés au congrès voulaient réprimer la révolution espagnole par la main de la France, d'abord pour s'épargner à eux-mêmes cette obligation, ensuite pour brouiller le gouvernement royal avec l'Angleterre. Ils proposaient toute une série de mesures qui devaient leur procurer ce résultat.
Le duc de Montmorency, dont les sentiments étaient pas-
sionnémciit favorables à la légitimité espagnole, prit justement l'initiative et les résolutions que ses instructions lui prescrivaient de ne pas prendre. II assistait aux négociations comme principal plénipotentiaire de la France, sûr de la ilocilité de MM. de la Ferronnays et de Garaman, et laissant bouder Chateaubriami, qui ne se trouvait pas à sa place dans le rôle secondaire qu'on lui avait assigné. Il se laissa dominer par Metternicli; dans une certaine mesure, il suivit ses conseils, (pii poussaient à l'action commune pour laquelle l'empereur Alexandre se disait prêt. Il était cependant recommandé à M. de Montmorency de ne se prêter ni à des notes collectives des puissances, ni au rappel simultané de leurs ambassadeurs à Madrid. La France, à ce que pensait M. de Yillèle, ne devait pas tenir en Espagne la même conduite que la Russie, l'Autriche et la Prusse. Elle avait là des intérêts particuliers et des devoirs spéciaux. Si elle était réduite à la guerre, elle n'avait pas besoin de secours et ne pouvait en admettre. Etant la seule puissance qui eût le droit d'agir directement par ses troupes, en cas de nécessité, elle entendait rester juge de cette nécessité.
Contrairement à cette opinion, M. de Montmorency, désireux qu'il n'y eût d'action en Espagne qu'au nom du Congrès, promit pour son gouvernement de s'associer aux démarches qui seraient faites par les puissances. Tout en réservant le droit de la France de faire seule la guerre, il admit que celles-ci étaient en état d'en décider l'opportunité, de même qu'il iit reconnaître que leur concours pourrait leur être demandé sans qu'elles fussent libres de l'imposer. Ces engagements, contre lesquels protesta le duc de ^yellington, ne devaient d'ailleurs être définitifs qu'autant que le gouvernement français les approuverait. 3I.de Montmorency partit pour Paris à la fin d'octobre, pour aller les lui soumettre, en laissant à Chateaubriand le soin de prendre part à l'examen des autres litiges soumis au Congrès.
Le l"" novembre il rentrait en France et reprenait la