‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 112 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

direction du ministère des affaires étrangères. En son absence, les élections partielles avaient eu lieu. Quoiciue l'opposition eût exploité contre le gouvernement les inquiétudes causées par le Congrès de Vérone, elle avait perdu trente députés, et parmi eux Benjamin Constant. Le parti royaliste, en se fortifiant, devenait de plus en plus exigeant. M. de Montmorency pouvait donc espérer, en arrivant, de trouver des appuis pour faire prévaloir la politique de l'extrême droite, dont, au Congrès, il venait de se faire le champion. Mais M. de Villèle se montra très nettement opposé à cette politique. Ce n'est pas qu'il fût disposé à se rapprocher de celle de l'Angleterre, — il le prouva en demandant au cabinet de Londres, qui semblait disposé à conclure un traité de commerce avec le ministère espagnol, des explications en termes presque comminatoires, et en l'obligeant à renoncer à ce projet; — mais il ne voulait pas se jeter dans la guerre sans une nécessité absolue. Aussi, lorsque la question du rappel simultané des ambassadeurs fut posée dans le conseil par M. de Montmorency, et quand celui-ci exposa la conduite qu'il avait tenue à Vérone, M. de Villèle déclara, bien qu'entre tous les ministres il fût seul de son opinion, que tant qu'il serait à la tète des affaires, il empêcherait que la France ne cessât d'être maîtresse de son action; il s'opposa au rappel de notre ambassadeur, et, à l'issue du conseil, il écrivit à Vérone qu'il demandait l'ajournement de l'envoi des notes, auquel M. de Montmorency avait consenti.

Quelques jours après, Chateaubriand arrivait à Paris porteur de la réponse du Congrès : c'était un refus. Les puissances, avant de se séparer, avaient expédié leurs ordres à leurs ambassadeurs pour les rappeler si les conditions qu'ils devaient réclamer n'étaient pas immédiatement remplies. Il fallait que la France les imitât, sinon c'était un désaveu pour M. de Montmorency, qui entraînerait sa démission; or, M. de Villèle était résolu à donner la sienne si son opinion

ne l'emportait pas. En ce moment le duc de Wellington était à Paris; il offrait un plan de médiation concerté entre la France et lAngleterre pour décider les Espagnols à modifier leur constitution dans le sens indiqué par le gouvernement français. M. de Montmorency écarta cette offre, et la question telle que nous l'avons exposée fut portée devant le roi. Là, il expliqua et défendit sa conduite; il plaida l'intérêt qu'il y avait pour la France à agir en commun avec les cours du iS'ord. le danger qu'il y avait au contraire à s'appuyer sur l'Angleterre, dont le concours n'était pas sûr; il demanda instamment que l'ambassadeur du roi fût invité à quitter Madrid en même temps que ceux des trois puissances.

M.de Villèle fit observer que ce serait sacrifier l'initiative de la France et confier la sécurité du roi d'Espagne au représentant de l'Angleterre, qui, les autres étant partis, resterait seul à son poste. Il développa les idées qu'il n'avait, depuis plusieurs mois, cessé de défendre. Il lut une lettre qu'il proposait d'adresser à l'ambassadeur de France , à Madrid, dans laquelle il lui ordonnait d'exiger du ministère espagnol des garanties efficaces pour la défense d'intérêts que le gouvernement français considérait comme essentiels, et de déclarer que s'il n'était pas fait droit à ces réclamations, on s'exposerait à le voir partir. Il ajouta enfin qu'à son sens, cette lettre dispensait de tous autres engagements et laissait au gouvernement toute sa liberté; qu'en conséquence, il en réclamait l'envoi. Tandis qu'il parlait, il avait posé devant lui sur la table du conseil, une enveloppe contenant sa démission, préparée à l'avance pour le cas où son opinion ne l'emporterait pas sur celle de M. de Montmorency, à laquelle le conseil paraissait se rallier.

Il fallait maintenant connaître la décision du roi et savoir à qui il donnerait raison. Louis XYIII se prononça pour l'opinion soutenue par M. deVillèle. «Les autres souverains, dit-il, n'ont pas, comme nous, un point de contact, par leurs

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