‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 113 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME. -l'Jô · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. -l'Jô

frontières, avec l'Espagne. Ils peuvent sans dommage et sans manquer aux devoirs qui me sont imposés personnellement, abandonner l'Espagne et son roi à la Révolution et à l'influence exclusive de l'Angleterre. Quant à moi, je ne puis rompre mes relations avec ce pays et retirer mon ambassadeur d'auprès de mon neveu que le jour où cent mille Fran(,'ais passeront la frontière pour venir en aide à l'un et à l'autre. »

A la suite de ce conseil, la lettre proposée par M. de Yillèle fut expédiée au comte de Lagarde, ministre du roi à Madrid, et M. de Montmorency donna sa démission. Chateaubriand, qui depuis longtemps désirait être ministre, accepta le portefeuille des affaires étrangères, après s'être fait prier, comme pour donner plus de prix à son acceptation. Quelque haute opinion qu'il eût de lui-même et quoiqu'il eût écrit à M. de Yillèle : « Je viens à votre secours, » il n'apportait au ministère qu'une force restreinte. Préoccupé surtout de sa gloire personnelle, mobile en ses convictions, son unique titre au pouvoir était sa grande renommée, dont il était trop vain pour (ju'elle ne créât pas souvent un embarras au gouvernement. Il n'apporta même pas à M. de Yillèle le concours de ses amis de l'extrême droite, qui se servaient de son nom comme d'un drapeau, sans avoir confiance en lui. Ils étaient irrités par la retraite de M. de Villèle; ils voyaient déjà en lui un ennemi; ils travaillaient, à le renverser pour mettre à sa place MM. de la Bourdonnaye et de Yitrolles, et la nomination de Cliateaui)riand, dont ils suspectaient en outre le libéralisme capricieux, ne parvint pas à les apaiser.

Le 4 janvier 18:23, le comte de Lagarde remit au ministère espagnol la lettre que lui avait adressée son gouvernement. Cette lettre, qui résumait les motifs pour lesquels la France ne s'était pas associée à la démarche décidée au Congrès de Yérone, invitait les Espagnols à rentrer dans le concert européen par une entente avec leur roi; elle leur déclarait amicalement qu'à ce prix seulement, la France renoncerait

aux mesures préservatrices qu'elle avait prises eu vue de sa sécurité; mais que, dans le cas où ses conseils ne seraient pas suivis, elle rappellerait son ambassadeur. La note des cours du Nord, dont le te.vte avait été arrêté à Vérone fut remise deux jours plus tard. Sous une forme plus vive, elle arrivait aux mêmes conclusions que celle de la France.

S'appuyant sur le sentiment populaire surexcité, le cabinet de Madrid répondit dédaigneusement à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche, dont les ambassadeurs quittèrent l'Espagne aussitôt. Il mit plus de mesure dans sa réponse à la France; mais il déclara qu'il entendait maintenir dans son intégrité la constitution de I8I2, et 'qu'il repoussait énergiquement, au nom de son indépendance, toute ingérence étrangère. Après une telle réponse, — une nouvelle tentative de médiation, offerte à la France par l'Angleterre et acceptée par M.deVillèle, ayant échoué, — la guerre devenait inévitable. Le gouvernement français y était poussé par les dispositions naturelles du roi, qui se croyait obligé de rendre à son neveu Ferdinand VU son indépendance et son pouvoir; il y était contraint par le sentiment unanime de la droite devenue toute-puissante et qui n'eût pas toléré plus longtemps que le ministère abandonnât la cause de la légitimité. Le 18 janvier, l'ambassadeur de France reçut l'ordre de quitter Madrid, et le même jourM. de Villèle commença à conférer avec le duc d'Angoulême, auquel devait être confié le commandement de l'expédition qui venait d'être décidée.

Le 28, le roi ouvrit la session législative. Le discours du trône annonça qu'une arméede cent mille hommes, commandée par un prince de la famille royale, allait au secours du trône d'Espagne « pour le conserver à un petit-fils de Henri IV, préserver ce beau royaume de sa ruine et le réconcilier avec l'Europe » . Ces paroles furent acclamées par la grande majorité des pairs et des députés. Elles comblaient les vœux des royalistes. Cependant, les ultras ne rendirent pas leurs

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