‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 115 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME. 2S · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 2S

tés de la droite, irrités, la colère aux yeux, l'invective à la bouche, debout à leur banc, tendant vers lui des mains mena(,'antes. Les uns demandaient le rappela Tordre; les autres, l'expulsion. Le tumulte était à son comble, et il fallut au président, M. Ravez, une rare énergie pour dominer le tumulte de cette salle déchaînée 'et faire entendre une parole de blcàme contre l'orateur. Le bruit, les injures recommencèrent. On ne voulait plus écouter Manuel; on voulait même le chasser, et la Chambre applaudit quand un de ses membres,)!. Forbin des Issarts, s'écria : « Je propose l'expulsion! » Mais la proposition, sous cette forme, était contraire au règlement. Le président déclara qu'il était trop jaloux de l'estime de ses collègues pour la mettre aux voix. 11 avait suspendu déjà la séance pour laisser aux esprits le temps de se calmer ; voyant que le tumulte ne s'apaisait pas, il la renvoya au lendemain 27 février.

Le lendemain et les jours suivants, au milieu d'un trouble qui avait, dans Paris, les plus funestes échos, la ChandH'e discuta la question de savoir si elle prononcerait l'expulsion de Manuel. Tous ceux de ses membres qui professaient des opinions libérales se prononcèrent contre cette solution inique. On entendit MM. Royer-Collar.l, de Saint-Aulaire, de la Fayette, le général Foy, Casimir Périer, défendre les principes de liberté. Mais ils étaient en trop petit nombre pour dominer une (Chambre dont les ardentes passions n'étaient plus contenues. Manuel plaida sa cause sans plus de succès. La droite ne voyait en lui (ju'un apologiste du régicide. Elle était lasse de ses discours. Le président, qui, depuis cinq jours, dirigeait avec impartialité ces douloureux et violents débats, se vit enfin obligé de mettre aux voix une proposition (jui excluait Manuel des séances publi(iues jusqu à la fin de la session. La majorité se leva tout entière à l'appui de la proposition , tandis que la gauche quittait la salle en protestant. Au dehors, une foule énorme, surexcitée par ces tumultueux incidents, s'agitait bruyante et malveil-

lante. Il fallut, pour la disperser, faire marcher coutre elle plusieurs escadrons de gendarmerie. Elle ne se dissipa qu'après avoir fait une ovation à Manuel sous les croisées de son domicile, rue Saint-Honoré.

Ces incidents, toutefois, n'étaient rien à côté de ceux qui devaient se passer le lendemain, -4 mars 1823. Ce jour-là, malgré l'expulsion prononcée contre lui, et bien que les issues du palais Bourbon fussent rigoureusement gardées. Manuel parvint à y pénétrer. Revêtu de son costume de député, entouré de toute la gauche, il entra dans la salle des séances et alla s'asseoir à son banc. Le président l'invita à se retirer, en lui rappelant le vote de la veille. « J'ai déclaré que je ne céderais qu'à la violence, » répondit Manuel. La séance fut levée aussitôt, et quand le président et la droite eurent quitté leurs sièges, le chef, des huissiers vint demander à Manuel de sortir. Comme il refusait, on alla quérir un peloton de garde nationale. Mais ceux qui le formaient, entourés aussitôt par le général Foy, le général de la Fayette, MM. Laffitte, Casimir Pcrier et autres membres de la gauche, hésitaient à porter la main sur un député. L'officier, qui était un marchand de galons, déclara enfin qu'il n'obéirait pas; des applaudissements lui répondirent. On se décida alors à faire entrer dans la salle un détachement de gendarmerie sous les ordres du colonel de Foucauld. Une dernière sommation fut adressée à Manuel, et, sur son refus d'y obtempérer, il fut appréhende au corps. Dès ce moment, il ne résista plus et quitta le palais, escorté par plusieurs des membres de son parti.

Tel fut cet épisode qui produisit alors la plus vive impression, et dont la passion des partis s'est emparée tour à tour, tantôt pour attaquer la Restauration, tantôt pour décrier la gauche. Aujourd'hui, qu'on en peut parler sans soulever des colères, il n'est que juste de reconnaître que, si Manuel avait eu le tort de braver la Chambre par ses attaques incessantes contre les Bourbons, celle-ci, en le chassant de son

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