‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 116 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sein, commit une action injuste, impolitique et maladroite. Un grand parti doit tolérer l'opposition, même quand elle lui déplaît, respecter les minorités, et no pas fournir à ses adversaires des armes qui se tourneront contre lui le jour où il cessera d'être majorité. Au surplus, il y a lieu de remarquer que, malgré le bruit qui, dans celte circonstance, s'était l'ait autour de son nom, Manuel ne tarda pas h être oublié. 11 était sorti ce jour-là, par sa faute, de la vie politique ; il n'y rentra plus.

Après son expulsion et en l'absence de la gauche, qui déclarait ne vouloir plus siéger tant qu'il ne serait pas retourné à son banc, la Chambre vota le crédit extraordinaire qui lui était demandé. Les pairs le votèrent aussi, après un débat auquel prirent part le maréchal Jourdan, MM. de Broglie et de Barante, et qui trahit bien des inquiétudes sur les résultats de la politique dans laquelle s'engageait le ministère de M. deVillèle.La discussion du budget remplit la fin de la session, qui se termina le 9 mai, après avoir fait éclater les mauvaises dispositions des ullra-royalistes contre cet homme d'État.

302 HISTOIRE l)K LA liESTAURATION.

JUGEMENT DE M. GUIZOT SUR LA GUERRE D'ESPAGNE — EFFORTS DES SOCIÉTÉS SECRÈTES POUR LA FAIRE AVORTER — FERMETÉ DU GÉNÉRAL VALLIN — MARCHE ET SUCCÈS DE L'ARMÉE FRANÇAISE - OKDONNANCE' D'ANDUJAR — SIÈGE DE CADIX — PRIX DU TROCADERO — FIN DE LA GUERRE — SES TRISTES CONSÉQUENCES — RETRAITE DU DUC DE RELLUNE — LE RARON DE DAMAS, MINISTRE DE LA GUERRE — DIS- SENSIONS MINISTÉRIELLES — RIVALITÉ DE M. DE VILLÈLE ET DE CHA- TEAUBRIAND — DISSOLUTION DE LA CHAMBRE — ÉLECTIONS DE 18;24 — PRESSION DU POUVOIR SUR LES ÉLECTIONS -- DÉFAITE DE LA GAUCHE — SITUATION DIFFICILE DU MINISTÈRE DEVANT LA DROITE.

L'intervention de l'étranger dans les affaires intérieures d'un grand pays est toujours regrettable. Les Bourbons ont supporté pendant quinze ans les conséquences de la mince part que les coalisés avaient eue dans leur restauration. C'est en rappelant le secours qu'ils en avaient reyu qu'on les a combattus et renversés. Ce fut aussi l'intervention étrangère qui causa la mort de Louis XVL Les conseils que faisait entendre Manuel, en s'appiiyant sur ce souvenir, méritaient d'être formulés par une bouche moins hostile aux Bourbons. Ils étaient dans le cœur de tous les patriotes. Ce fut donc le vice capital de la guerre d'Espagne de consacrer ce principe d'intervention. « En droit, elle était inique, a écrit M. Guizot, car elle n'était pas nécessaire. La révolution espagnole, malgré ses excès, ne faisait courir à la France ni à la Bestauralion, aucun dans ger sérieux. Les difficultés qu'elle suscitait entre les deux gouvernements auraient pu aisément être surmontées sans rompre la paix. La révolution de Paris, en février 1848, a causé à l'Europe de bien plus graves et bien plus justes alarmes que la révolution d'Espagne, en 18:23, n'en pouvaitcauser à la France. Pourtant l'Europe, avec grande raison, a respecté envers nous ce principe tutélaire de l'indépen-

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