LIVRE QUATRIÈME. 'JOH
(lance intérieure des nations, auquel une nécessité absolue et pressante peut seule donner le droit de porter atteinte. >
Il suffit de citer ces paroles pour expliquer l'impopularité dont est restée frappée la guerre d'Espagne. Mais ce que nous pensons, la Restauration «ïie le pensait pas. Un Bourbon à secourir, la Révolution à combattre, c'en était assez, à ses yeux, pour justifier sa conduite. Et puis, ayant, buit ans après l'invasion, reconquis sa place dans les conseils de l'Europe, elle voulait la conquérir aussi sur les cbamps de bataille* Elle avait hâte de rendre au drapeau blanc son prestige évanoui. Ces considérations pesèrent d'un plus grand poids dans SCS décisions que celles dont M. Guizot s'est fait plus tard l'interprèie. C'est sous ses réserves qu'il faut parler de la guerre d'Espagne et rendre hommage à la bravoure qu'y déployèrent nos soldats.
Le duc d'Angoulème avait quitté Paris le 14 mars 1823 pour aller prendre le commandement de l'expédition. Un comité politique, à la tète duquel se trouvait M. de Martignac, l'avait accompagné et devait l'assister dans toutes les circonstances où l'action diplomatique serait substituée à l'action militaire. Il transporta d'abord son quartier général à Rayonne, d'où le corps qu'il commandait directement devait entrer en Espagne et s'avancer jusqu'à l'Ebre par la route de Madrid , tandis que le maréchal Moncey pénétrerait en Catalogne , et que le général Molitor se porterait sur Saragosse. Le général Guilleminot campait déjtà avec seize mille hommes sur les bords de l;i JBidassoa. Le financier Ouvrard, ({ui avait eu, sous Napoléon I", des aventures bruyantes à la suite desquelles un doute existait sur sa probité, était cependant chargé de l'approvisionnement de l'armée, le duc d'Angoulème ayant accepté ses services, pressé parla nécessité. Enfin, un conseil de régence, composé d'Espagnols, remplaçant le roi d'Espagne absent, marchait avec le généralissime français.
Le G avril, l'armée française était prête à passer la Ri-
dassoa; le général Vallin, soldat de l'empire, commandait Pavant-garde. C'est alors qu'on vit apparaître sur l'autre rive un petit bataillon composé de Français et d'Italiens, sons les ordres du colonel Fabvier et du capitaine Xantil, qu'on avait déjà vus mêlés à la conspiration du 19 août. Ils étaient venus en Espagne, envoyés par les sociétés secrètes, avec l'espoir qu'à leur vue, qu'à la vue du drapeau tricolore qu'ils avaient arboré aux cris de (( Vive Napoléon II », l'armée refuserait de marcher contre la révolution espagnole. Pour préparer cette défection, il y avait un mois que les sociétés secrètes en France se livraient dans les casernes à une active propagande et essayaient d'ébranler la fidélité des soldats. La presse de gauche avait elle-même favorisé cet effort, et le gouvernement était en proie aux plus vives inquiétudes, causées par la crainte de voir les troupes se mettre en état de rébellion et refuser d'obéir.
L'énergie du général Yallin conjura ces périls. Quand il vit le bataillon de Fabvier s'avancer, en agitant le drapeau tricolore, en chantant la «Marseillaise» et en acclamant A'apoléon II, il n'hésita pas à commander le feu. Balayés par le canon, les rebelles se dispersèrent, en laissant sur le terrain un grand nombre de morts et de blessés. L'armée, engagée par cette première action, marcha en avant et ne cessa de se montrer docile aux ordres de ses chefs.
Le lendemain 7 avril, la Bidassoa était franchie, le blocus mis devant Saint-Sébastien. On apprenait en même temps que le ministère espagnol et les Cortès, quittant Madrid, en enlevant Ferdinand YII, s'étaient mis en route pour Séville et Cadix. Par plusieurs points à la fois, l'armée française s'avança à travers l'Espagne. Livré de tous côtés à l'émeute, ce malheureux pays était tombé aux mains des chefs de guérillas qui, sous prétexte de servir la cause de l'indépendance, pillaient, confisquaient, tuaient, contraignant Ferdinand VII à donner son approbation à ces coupables excès. Prisonnier de l'insurrection, injurié, maltraité, déclaré tour à tour fou.