LIVRE QUATRIÈME
(IcM'Iui, caplir, ce prince n'était pins dans ses mains qu'un jouet. [l'un, Tolosa, Villafranca, Poncorbo, Vittoria, Guataria, Figuières, Logrono,Burgos, Buitrago, Murcie, Lorca, Cordoue, Merida, Séville, furent occupées tour à tour par l'armée française. Les généraux espaa^nols Mina, L'Abisbal, Morilloy, Ballesteros, Lopez, Baxos, Santona, reculaient devant elle avec l'espoir de l'arrêter plus tard. Mais, le 24 mai, le duc d'Angoulême entrait à Madrid, appelé par la population aisée, qui, après le départ des Cortès, se voyait menacée de pillage et de mort par la plèbe soulevée.
L'anarcbie, nous l'avons dit, régnait dans toute la péninsule. Des bandes royalistes se levant derrière les troupes françaises remplaçaient partout les bandes révolutionnaires fugitives, pillaient, volaient et brûlaient comme elles. A Madrid, la régence, qui marchait sur les pas de nos soldats, avait pris le pouvoir, grâce à eux. Elle exerçait d'affreuses représailles, jetait en prison ou exilait les citoyens suspectés d'avoir pactisé avec les Cortès. Au nom de Ferdinand YII, toujours prisonnier, elle gouvernait par la terreur, et, plusie^urs fois, le duc d'AngouIème dut s'interposer pour arracher des malheureux à ses mains. Ce n'est qu'à force île menaces (ju'il put, peu à peu, ramener un peu d'ordre dans la capitale espagnole.
Du reste, dans beaucoup de villes, les commandants qui les défendaient étaient disposés à se rendre. Mais ils en étaient empêchés par la peur qu'après qu'ils auraient dé^ posé les armes, la régence de Madrid ne les fit massacrer. N'avait-ellc pas ordonné déjà des arrestations arbitraires, des exécutions odieuses ? Ce fut pour mettre un terme à cet état que le 8 août, se trouvant à Andujar, en Andalousie, en marche vers Cadix, le duc d'Angoulêiue, malgré les protestations de lu régence, rendit une ordonnance qui interdisait aux autorités espagnoles rétablies au nom du roi, d'arrêter aucun citoyen, sans y être autorisées par les chefs de l'armée française, et ordonnait à ceux-ci de remettre en DAUDET. — Histoire de la Restauration. "10
liberté tous les citoyens arrêtés pour des motifs politiques. A cette date, la plupart des généraux espagnols avaient capitulé et reconnu la régence. Seules, les Cortès résistaient encore, enfermées dans Cadix, où elles retenaient le roi prisonnier.
Le duc d'Angouléme mit le siège devant cette ville que la flotte française attaqua par mer ; le 31 août, il s'emparait du fort du Trocadero, après un glorieux combat; le 23 septembre, du fort San Pietri, et le 1" octobre, les Cortès rendirent Cadix, en mettant le roi en liberté. Ferdinand VII se fit conduire au port Sainte-Marie, où l'attendait le duc d'Angoulème. Le Bourbon de France mit un genou en terre pour recevoir le Bourbon d'Espagne et lui offrit son épée. Le but de l'expédition était atteint.
Malheureusement, l'Espagne n'échappait à un grand danger que pour tomber dans un autre. Vainement, le duc d'Angoulème consacra les derniers jours qu'il y passa à réclamer du roi une amnistie pour ses sujets longtemps rebelles, maintenant soumis; vainement Louis XVIII lit parvenir à son neveu les plus pressantes instances pour l'engagera la modération ; leurs voix ne furent pas entendues. Ferdinand VII fut après son rétablissement ce qu'il avait été avant ses malheurs, un monarque impoliticpie, maladroit et cruel. La guerre faite par la France n'eut d'autre résultat que* de substituer les férocités de la populace absolutiste à celle de la populace anarchiste, et ce qui fut plus grave, c'est que les actes répréhensibles du gouvernement royal s'accomplirent sous les yeux d'un corps d'occupation français, qu'on lui avait laissé pour pourvoir à sa défense jusqu'au moment où son pouvoir serait entièrement rétabli, et qui fut impuissant à les empêcher. « Au lieu d'assurer au delà des Pyrénées l'influence de la France, a écrit M. Guizot, qu'il faut encore citer, la guerre la compromit et l'annula à tel point que, vers la fin de 1823, il fallut recourir à l'influence de la Russie et faire envoyer