LIVRE QUATRIÈME
M. Pozzo di Borgo à Madrid pour faire agréer à Ferdinand YII des conseillers un peu plus modérés. Les puissances du Nord et l'Angleterre eurent seules crédit en Espagne, les unes auprès du roi et des absolutistes, l'autre auprès des libéraux. La France victorieuse y était politiquement vaincue. »
Il convient cependant d'ajouter que l'expédition eut des résultats immédiats moins attristants. Dans la personne du duc d'Angoulême, les Bourbons s'y étaient fait honneur; le prestige militaire de la France était relevé ; la monarchie avait prouvé à l'Europe qu'elle pouvait s'appuyer sur l'armée dont on lui annonçait naguère l^i défection ; elle l'avait enlevée aux sociétés secrètes du dedans comme aux conspirateurs du dehors, dont lesespérances étaient détruites et les efforts brisés ; la cocarde blanche était réhabilitée, selon le mot de Chateaubriand, qui avait mis autant d'ardeur à vouloir cette guerre que M. de Villèle à la conjurer.
Le duc d'Angoulême rentra triomphalement à Paris, le ^ décembre, à la tète d'une partie de son armée. La ville lui offrit de brillantes fêtes ; le nom du Trocadero fut donné à l'une des places situées sur les hauteurs de Ghaillot. Mais, ces premiers jours accordés aux réjouissances publiques, la politique reprit ses droits.
Depuis plusieurs semaines, le duc de Bellune n'était plus ministre de la guerre. Les plaintes envoyées d'Espagne contre lui par le duc d'Angoulême, qui lui reprochait de n'avoir pas su organiser les services de l'approvisionnement, l'avaient obligé à se retirer. Le général baron de Damas, un ancien émigré, avait été nommé à sa place, au grand mécontentement de M"" du Cayla, qui voulait, par sou influence sur le roi, faire entrer M. Sosthènes de la Rochefoucauld dans le cabine». «Je secouerai le petit homme, disait-elle alors en parlant de M. de Yillèle, et il faudra bien qu'il cède. » Le malheur estque M. de Villèle ne cédait pas et que les ultraroyalistes nourrissaient contre lui les plus vifs ressentiments.
Mais il les dédaignait et s'attachait à faire comprendre au roi, qui finissait par lui donner raison, le péril de ces fréquents changements de ministres portés aux affaires par l'opinion de la majorité.
D'autre part, Chateaubriand ne supportait qu'impatiemment l'autorité de M. de Villèle. Il cherchait à s'emparer de la direction du ministère, à y introduire les chefs de rultra-royalisme,MM. de la BourdonnayeetDelalot,et favorisait le jeu de cette opposition formée à droite, qui menaçait de devenir chaque jour plus redoutable et qu'à tout instant, aux Tuileries comme chez M"" du Cayla, M. de Villèle rencontrait devant lui. Une union au moins apparente existait cependant entre les deux ministres, quoique l'un. Chateaubriand, triomphât sans mesure du résultat de la guerre d'Espagne, qu'il déclarait être son œuvre, tandis que l'autre, M. de Villèle, cherchait à utiliser auprolit de la monarchie les conséquences de cette guerre, sans rechercher à qui en revenait l'honneur. Mais, sous cette union, le dissentiment s'accentuait à tout instant, de nouveaux incidents venaient l'aggraver. C'est ainsi qu'à la fin de 18:23, Chateaubriand et M. de Montmorency, ayant reçu du tzar le cordon de Saint- André, sans que M. de Villèle, président du conseil, fût honoré d'une égale faveur, le roi s'emporta, en disant que l'empereur de Russie avait voulu lui donner un souftlet dans la personne de son premier ministre, et, pour répondre à ce qu'il regardait comme un mauvais procédé, il donna à celui-ci le cordon du Saint-Esprit, en ajoutant: « Mes ordres valent mieux que les siens. » Ainsi s'élevaient des rivalités dans le cabinet, et c'est surtout contre la droite, dont, à la suite de la guerre d'Espagne, Chateaubriand était devenu l'idole, que M. de Villèle se voyait tenu de se défendre.
Cependant, le président du conseil voulait profiter du succès de l'expédition d'Espagne pour dissoudre la Chambre et procéder aux élections sur des bases nouvelles. D'après son système, elle devait être nommée pour sept ans et renou-