LIVRE QUATRIKME
velée seulement à l'expiration de ce long délai. C'était la suppression de ce renouvellement partiel auquel on reprochait d'avoir, peu à peu, fait entrer dans le Parlement un grand nombre d'hommes de gauche et qui ne pouvait être supprimé que par une modification introduite dans la Charte qui le consacrait. Tous les ministres se rallièrent à ce projet, sauf Chateaubriand, qui, déplus en plus hostile à M. de Villèle, proposa d'abord de substituer le délai de cinq ans à celui de sept ans et ensuite de confier les fonctions de président de collège aux chefs de l'ultra-royalisme, — mesure d'autant plus grave que présider un collège, c'était la certitude d'être élu. M. de Villèle repoussa ces deux propositions. Il ne voulait pas donner des marques de sympathie aux orateurs le plus violemment, le plus systématiquement hostiles à sa politique, ni fortifier ainsi leur opposition. Il ne voulait pas davantage modifier le délai de sept ans. Il le dit avec autant d'énergie que de simplicité, et Chateaubriand, exposé à se voir obligé de donner sa démission, renonçajaux changements qu'il avait proposés.
Il fut encore battu sur un autre terrain. Préalablement aux élections, le gouvernement était résolu à nommer vingthuit pairs de France afin de fortifier la droite au Luxembourg et de récompenser les services de plusieurs députés qu'il était assuré de remplacer avantageusement. En celte circonstance, Chateaubriand présenta les noms les plus compromis de la droite, et ce fut M. de Villèle qui lui refusa de les nommer. Au fond du cœur. Chateaubriand garda rancune à son collègue de ses défaites successives. M. Guizot, qui l'a bien jugé, a dit de lui qu'il était ambitieux comme un chef de parti, indépendant comme un enfant perdu et plus froissé des moindres échecs que satisfait des triomphes les plus éclatants. Cela suffit à expliquer son attitude malveillante pour M. de Villèle, qui, en s'accentuant, entraîna sa chute.
Le 24 décembre 1823, une ordonnance royale prononça
la dissolution de la Chambre, fixa les élections au 26 février et au 6 mars 1824 et l'ouverture de la session au 23 de ce dernier mois. La lutte électorale fut ardente. La gauche nomma un comité qui organisa la résistance sur tous les points du territoire, favorisa les candidatures d'opposition et dirigea la campagne des journaux. Mais ce comité ne put rien contre l'ardeur des royalistes, à qui le succès de la guerre d'Espagne avait assuré la faveur populaire. Le cabinet se jeta dans la mêlée, sans garder ni mesure, ni retenue. Le garde des sceaux, M. de Peyronnet, menaça de destitution non seulement les fonctionnaires de son département qui lui marchanderaient leur concours, mais encore les avoués, les noiaires, les greffiers et les huissiers dont personne jusqu'à ce jour n'avait songé à contester la liberté. Le ministre de la guerre fit également appel à l'armée pour appuyer les candidatures de droite, et des royalistes modérés ne furent pas nommés présidents de collège, uniquement à cause de leur modération.
Le résultat de ces manœuvres fut favorable aux ultras. Presque partout, ils l'emportèrent sur leurs concurrents du centre droit, du centre gauche et de la gauche. Les hommes les plus illustres de l'opposition furent battus. Trois d'entre eux seulement, Casimir Périer, Benjamin Constant et le général Foy, purent passer à Paris en même temps que cinq candidats officiels. Manuel, abandonné par son parti, n'avait pas été réélu, et la gauche, qui dans l'ancienne Chambre comptait cent dix membres, n'en eut que dix-neuf dans la nouvelle. C'était une déroute.
On aurait tort de croire cependant que ce triomphe écrasant du parti royaliste constituait une force pour le ministère. L'opposition était réduite ; mais son personnel restait redoutable encore, avec des orateurs tels que le général Foy, Royer-Collard, Casimir Perier, Benjamin Constant. Quant à la droite, elle arrivait enivrée par sa victoire, voyant le champ libre devant elle, dépourvue de l'équilibre nécessaire