‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 13 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

seul homme qui aurait pu imprimer à ce cabinet, composé dï'léments disparates, une impulsion forte et régulière.

Cependant, tel qu'il était, le ministère contenait la preuve (les sincères désirs du roi pour fonder un gouvernement parlementaire et libéral. On ne doit point oublier qu'il s'était formé dans les tâtonnements qui caractérisaient à cette heure la mise en mouvement du régime représentatif, en l'absence des Chambres, et que, si les hommes habiles dans l'art de manier la parole et d'imposer à des assemblées des vues politiques nettement déterminées y faisaient défaut, la faute n'en était point à ceux qui avaient assumé, en y entrant, la responsabilité du pouvoir, mais au régime qui venait de finir, et sous lequel le talent de la tribune n'avait pu se développer, ni l'initiative individuelle se manifester.

La première question dont le ministère eut à s'occuper fut celle de l'armée. C'était peut-être la plus difficile à résoudre, par suite de la nécessité de réduire les elfectifs considérables mis sur pied par Napoléon, d'en licencier une partie, et conséquemment de laisser sans emploi un grand nombre d'officiers et de sous-officiers. L'étude des mesures à prendre pour mener à bonne fin la réorganisation militaire fut confiée à une commission composée uniquement de maréchaux et de généraux issus de l'Empire. Conformément aux propositions de cette commission, la vieille garde fut conservée sous une dénomination nouvelle, celle de grenadiers et de chasseurs de France. On forma cent cinq régiments d'infanterie à trois bataillons de six compagnies, cinquante-six régiments de cavalerie, douze d'artillerie et trois de génie, formant un total de deux cent vingt-quatre mille hommes et de trente-deux mille chevaux. On mit à la suite de chaque régiment un certain nombre d'officiers et de sous-officiers. Quant à ceux qu'on n'avait pu replacer, ils furent renvoyés dans leurs foyers, dans la situation de nonactivité et avec demi-solde. Tous ceux (jui avaient des droits à la retraite durent les faire valoir.

:iO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

Ces arrangements étaient douloureux, blessaient les intérêts et les amours-propres. Il semble difficile, rependant, qu'on eût pu faire mieux. Mais il était dans la destinée de la Restauration de porter le fardeau de fautes qu'elle n'avait point commises et l'impopularité d'une situation qu'elle n'avait pas créée. Les officiers en demi-solde, déjà naturellement hostiles aux Bourbons par reconnaissance pour l'empereur, le devinrent plus encore quand ils se virent obligés de subir des mesures qui leur permettaient de se poser en victimes. Ils portèrent par toute la France, dans les villes qu'ils allèrent habiter, des ressentiments qu'ils propagèrent autour d'eux, et devinrent ainsi l'instrument actif et le centre de l'opposition qui s'élevait contre le nouveau gouvernement. Quand Napoléon revint de l'île d'Elbe, ils furent les premiers et les plus énergiques soutiens de son autorité, qu'ils imposèrent, par mille vexations, même aux populations royalistes du Midi.

Cependant, si les mesures prises envers l'armée constituaientungrandmal, onne pouvait raisonnablement en accuser le pouvoir. Il n'en fut pas de même de celles qui furent prises en même temps pour le rétablissement de la maison militaire du roi, suite naturelle du rétablissement de la maison civile. Cette reconstitution d'une troupe privilégiée, qui avait le tort d'obérer le trésor public au mornent même où, pour justifier le licenciement d'une partie de l'armée, on invoquait des raisons d'économie, offrait d'autres inconvénients : elle faisait revivre des usages et des privilèges oubliés, irritait l'opinion, et mettait en présence de l'armée nationale une armée de favoris, vêtue des uniformes d'un autre temps, aQ'ublée de dénominations surannées, et qui semblait appartenir moins à la France qu'à la couronne. Mais c'était une idée chère à Louis XVIII que la royauté devait avoir ses soldats, et il la réalisa.

Il y eut six compagnies de gardes du corps, des chevaulégers, des gendarmes de la garde, des mousquetaires gris,

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