LIVRE QUATRIÈME
que donne à un grand parti l'existence d'uneopposition, et, par conséquent, dangereuse pour le ministère, qui ne pouvait bien vivre avec elle qu'à la condition de lui céder toujours. Et puis quelque nombreux qu'ils fussent, ses membres étaient bien loin de professer des opinions communes. Les groupes se multipliaient à l'infini dans l'armée royaliste. M. de Bonald, chef de l'école théocratique, avait trouvé une recrue précieuse dans l'abbé de Lamennais, déjà connu par la puissance de son talent et l'influence de ses écrits. Ils formaient une faction à part. On peut en dire autant des plus violents des ultras qui avaient conservé leur chef, M. de la Bourdonnaye, d'autant plus hostile au ministère que celui-ci l'avait combattu sans pouvoir empêcher sa réélection.
Ce n'est donc pas une majorité ministérielle que M. de Yillèle trouvait devant lui, mais une majorité divisée, exigeante et impérieuse, avec laquelle le gouvernement allait devenir de plus en plus difficile.
OUVERTURE DE LA SESSION — LOI QUI FIXE A SEPT ANS LA DURÉE DE LA CHAMBRE — LOI D'INDEMNITÉ AUX ÉMIGRÉS — PROJETS DE CONVERSION DE LA RENTE, MAL ACCUEILLIE PAR L'OPINION — LA CONVERSION VOTÉE PAR LES DÉPUTÉS, REJETÉE PAR LES PAIRS — COLÈRE DU ROI, QUI ACCUSE LE SILENCE DE CHATEAUBRIAND — CELUI-CI EST RÉVOQUÉ — REMANIEMENTS MINISTÉRIELS — LE Joumul (IcS Débats PASSE A L'OPPOSITION — CHATEAUBRIAND, RÉRANGER, LAMENNAIS, LIGUÉS CONTRE M. DE VILLÈLE — AFFAIBLISSEMENT DU MINISTÈRE — AGGRAVATION DE LA MALADIE DU ROI — MORT DE LOUIS XVIII.
Le 23 mars 1824, le roi ouvrit, dans la grande salle du Louvre, la session des Ciiambres. Depuis quelques mois, sa santé s'était altérée profondément; son visage portait les traces de la maladie qui le mjnait. Il lui fallut un énergique effort de volonté pour achever la lecture de son discours, que, pour la première fois, il n'avait pu apprendre par cœur. Ce discours constatait une situation prospère tant au dehors qu'au dedans; il célébrait les heureux résultats de la guerre d'Espagne et annonçait les diverses lois que le ministère se proposait de soumettre à l'approbation des Chambres.
Ces lois étaient au nombre de quatre.
La première, dite de septennalité, fixait à sept ans la durée , des pouvoirs des dépulés. La seconde était destinée à in- ! demniser les émigrés dépouillés par la Révolution. La troisième, qui devait rendre cette indemnité moins onéreuse pour l'État, tendait à convertir l'intérêt des rentes 5 pour 100 en 3 pour 100, au taux de 75 francs, en laissant toutefois aux porteurs qui ne voudraient pas consentir à cet échange la faculté de se faire rembourser en espèces; pour ce remboursement, le gouvernement s'était assuré le concours des grands banquiers. La quatrième enfin réprimait les crimes et les délits commis dans les églises, qu'elle