‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 123 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Soslhènes de la Rochefoiicaukl, Fami de M"'"' du Cayla, qui avait préparé de longue main ce mouvement. Quelques jours après, le grand maître de l'Université, M. de Frayssinous, évéque d'Hermopolis, était placé à la tète du ministère des affaires ecclésiastiques et des cultes, créé tout exprès pour lui. M. de Villèle essayait ainsi de s'appuyer sur la Congrégation pour remplacer les forces que lui enlevait la destitution de Chateaubriand.

Celui-ci quittait le pouvoir, une inoubliable colère dans le cœur, et résolu à se venger de M. de Yillèle, par une opposition implacable. Cependant un de ses amis, M. Berlin de Vaux, directeur du « Journal des Débats, » prit sur lui d'aller en son nom offrir la paix au président du conseil. Il lui demanda de faire donner à Chateaubriand l'ambassade de Rome, et sur le refus qui lui fut opposé : « Rappelezvous, dit-il, que les « Débats » ont renversé déjà les ministères Decazes et Richelieu, ils sauront bien aussi renverser le ministère Yillèle. — Vous avez renversé les premiers en faisant du royalisme, répliqua M. de Villèle; pour renverser les seconds, il vous faudra faire de la révolution. »

Dans toutes ces circonstances, M. de Villèle montra plus de dignité que d'habileté. Grâce à son énergie, il restait le maître, ayant vaincu tour à tour tous ceux qui avaient voulu empêcher l'arrivée de la droite au gouvernement, ayant eu raison de Chateaubriand lui-même, qui représentait une des fractions avancées de cette même droite. Il jouissait, malgré l'inimitié de M""^ du Cayla, de la faveur du roi, de celle du comte d'Artois, à qui l'airaissement des facultés de son frère livrait de plus en plus le pouvoir. Mais, par la chute de Chateaubriand, il s'était créé dans la presse, dans les Chambres, dans le pays, tout un clan d'ennemis redoutables, qui allaient entreprendre maintenant contre lui la plus implacable opposition. Il s'était volontairement donné le plus violent, le plus éloquent des ennemis, dans la personne de l'illustre écrivain qui rentrait aux « Débats,»

plein de colère et de fiel, et qui allait apporter à l'opposition le secours de sa grande parole et de sa plume d'or.

Vainement, pour retenir autour de lui les forces royalistes, M. de Yillèle faisait des nominations qu'il supposait devoir être agréables à la droite, il ne parvenait pas à obtenir son approbation. Et cependant, il avait fait entrer les deux la Rochefoucauld et M. de Frayssinous dans le ministère, placé M. de Martignac à la direction des domaines, ouvert à trois évêques le Conseil d'Etat, nommé ministre d'État le cardinal de la Fare, archevêque de Sens ! Mais ces concessions successives ne lui ramenaient pas son parti, et, dès ce jour, il lui fut aisé de comprendre qu'en ne quittant pas le pouvoir le jour où la conversion des rentes avait été repoussée, il avait commis une faute irréparable. Le comprit-il? On peut en douter, puisqu'il resta au ministère trois ans encore après cet événement.

Peu de temps après la chute de Chateaubriand, le ministère déjà s'affaiblissait sensiblement et devenait impopulaire. Les journaux l'attaquaient avec autant de violence que de mauvaise foi; il les traduisait devant les tribunaux ; mais il perdait tous les procès qu'il leur intentait. On eût dit qu'en se mettant à la tête de l'opposition. Chateaubriand l'avait surexcitée. Lamennais, d'un côté, avec sa parole de prophète; Déranger, de l'autre, avec ses chansons; au-dessus d'eux, Chateaubriand et ses attaques violentes dans le « Journal des Débats, » tels étaient les mobiles qui entraînaient l'opinion dans une hostilité lente, mais sûre, contre le trône des Dourbons.

La session touchait à son terme. Après avoir voté le budget et diverses lois qui leur avaient été soumises, les Chambres se séparèrent le 4 août. Il semblait qu'après tant d'épreuves, le ministère allait respirer; mais il était au moment d'en subir une nouvelle, et celle-là la plus grave de toutes. La santé du roi déclinait visiblement. Ses jambes s'engorgeaient; son regard s'éteignait; il n'avait plus la

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