‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 126 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

et la chasse par-dessus tout. Affable, séduisant, généreux, il répugnait aux mesures trop violeininent réactionnaires; mais il conservait dans le cœur un inoubliable souvenir de l'ancien régime, il le regrettait, et considérait la Charte comme une concession faite au malheur des temps, comme un rouage contraire aux intérêts de la royauté, de telle sorte que, tout en étant disposé à la maintenir, il ne pouvait admettre qu'elle eût créé des pouvoirs rivaux des siens; il pensait que, dans toute occasion où sa volonté ne serait pas d'accord avec celle des élus du pays, la sienne devait avoir le dernier mot.

• Cette manière d'entendre la loi constitutionnelle datait du jour où, au nom de son frère absent, il y avait adhéré sous l'empire de la nécessité. Depuis, elle n'avait pas varié dans son esprit, pas plus que n'avait varié son opinion sur le régime antérieur à la révolution, qu'il regardait comme le régime par excellence, celui vers lequel il fallait peu à peu ramener la France. Celte conviction inébranlable l'avait accompagné dans l'exil; elle s'était fortifiée au contact des émigrés et plus encore au spectacle des événements survenus pendant le règne de son frère, dont il n'avait approuvé les actes que lorsqu'ils donnaient satisfaction à ses sentiments, c'est-à-dire ii de rares intervalles. En montant sur le trône, il les y portait avec lui ; il y portait aussi un attachement passionné pour le catholicisme, que l'âge

.avait accru; sceptique et libertin au temps de sa jeunesse, il était tombé, en devenant vieux, dans une dévotion exagérée dont les pratiques quotidiennes pouvaient faire craindre qu'il laissât passer le gouvernement dans les mains du clergé, et disposaient son esprit, déjà pénétré d'un vague mysticisme, à subordonner les affaires de son royaume à certaines influences dans lesquelles il voyait l'intervention immédiate et directe du ciel.

Cet ensemble d'opinions, contre lesquelles s'étaient frottés sans les entamer le temps et la proscription, avait

naturellement fait de sa personne le pivot et l'espoir de l'extrême droite, et, à son avènement, tous ceux qui le connaissaient étaient autorisés à supposer qu'il allait s'appliquer à taire prévaloir dans le gouvernement les doctrines de ce parti. Il parut d'abord avoir à cœur de dissiper ces préventions et être anime au plus haut degré du désir de plaire à sa famille et à ses sujets. Le duc d'Orléans, tenu en disgrâce et traité presque en adversaire par Louis XYIII, reçut le titre d'altesse royale et rentra dans la<^ totalité de son apanage; son fils aîné, le duc de Chartres, eut le commandement d'un régiment de hussards; puis des grâces furent accordées à des condamnés politiques, et enfin une ordoir* nance royale supprima la censure des journaux. Ces actes, des paroles heureuses prononcées dès les premiers jours de son règne, le rendirent populaire, et l'ère de son pouvoir s'ouvrit sous les plus favorables auspices.

Maliieureusemeiit, ce premier efl'et ne tarda pas à être détruit par une série de mesures regrettables, par des concessions faites à la droite, pour étayer la résistance que l'attitude de la gauche rendait nécessaire. Les questions religieuses avaient peu à peu pris une grande place dans les incidents de la vie publique. L'attitude de la congrégation trouvait des encouragements dans celle de la cour; les jésuites pénétraient dans la politique, dans l'instruction de la jeunesse. Au mépris de la loi, ils prenaient secrètement la direction d'un grand nombre de petits séminaires, avec le concours de divers évêques dociles à leurs désirs. Il y eut presque une émeute dans Paris, parce que le curé de Saint-Laurent crut pouvoir refuser à la dépouille d'un comédien les prières des morts. D'autre part, une ordonnance, en date du '2 décembre, mit brusquement à la retraite deux cent cinquante généraux coupables surtout d'avoir glorieusement servi l'empire avant de servir fidèlement la monarcliie. Le duc de Richelieu s'était opposé à cette hécatombe pendant son ministère, quand elle était proposée par le

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