LIVRE QUATRIÈME
entraînant avec soi l'opinion, et provoquant un mouvement auquel quatorze évêques s'associèrent au mois d'avril 18:26, en rédigeant et en publiant, à la demande de M, de Villèle, une déclaration dans laquelle était censurée « l'opinion, constamment repoussée par le clergé de France, qui rendrait les souverains dépendants de la puissance spirituelle, dans l'ordre politique ». C'était une réponse aux violentes attaques de l'abbé de Lamennais contre l'école gallicane, à ses doctrines Ihéocratiques, à ses sorties contre M. Frayssinous, ministre de l'instruction publique, pour lesquelles il avait été cité en justice, prévenu d'attaques contre les lois de l'Etat et condamné, après une plaidoirie du jeune Berryer, à trente francs d'amende.
Mais, tandis que le gouvernement poursuivait ces théories si propres à rappeler les jours lointains où le clergé exerçait sur la nation une influence souveraine, par une contradiction singulière, ses actes révélaient justement une disposition particulière à favoriser cet espril qu'il combattait lorsqu'il en rencontrait la manifestation sous une plume virulente. On retrouvait cet esprit dans des choix de fonctionnaires, dans la nomination du duc de Rivière comme gouverneur du duc de Bordeaux, et surtout dans l'intolérance qui faisait traduire devant la Cour royale de Paris, pour attaques contre les Jésuites, le «Constitutionnel» et le <( Courrier fran^-ais ». Il est vrai qu'un jugement rendu par le président Séguier acquittait ces deux journaux, au grand effroi de la Cour, aux applaudissements de tout Paris, qui souriait et raillait, en voyant le roi, entouré de sa famille, de sa maison, de ses officiers et des grands corps de l'État, suivre humblement, à travers les rues, pendant le jubilé de 18'26, plusieurs processions, et courber devant ces longs défilés de prêtres la majesté royale, comme si la royauté eut abdiqué devant l'Eglise.
Comment s'étonner que chaque jour vît s'élever contre le clergé des violences nouvelles? Jeté dans l'arène politique.
ÎÎ34 HISTOIRE DE LA r.KSTAURATlUN.
il était devenu provocateur, et semblait s'attachera fournir des armes à l'opposition. La lutte arrivait à l'état aigu. Le ministère n'y pouvait rien. Il était hors d'état d'arrêter cette crise, créée par sa faiblesse non moins que par l'audace des ennemis des Bourbons et les folles imprudences de leurs amis.