‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 133 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

écrivains les plus éminents signalaient le nouvel acte du cabinet comme un danger national. Les lettres, la presse, l'imprimerie, la librairie, se sentiront atteintes. Des pétitions arrivèrent aux deux Chambres pour les supplier de rejeter la loi.

L'Académie française ne fut pas la dernière à s'émouvoir. Elle décida, après une délibération très agitée, de faire auprès du roi une démarche solennelle. Chateaubriand, MM. Yillemain et de Lacretellc furent chargés, sur la proposition de ce dernier, de rédiger une pétition, qui fut approuvée par 17 voix contre 9; mais le roi, exaspéré de trouver le nom de Chateaubriand en tête de la liste des promoteurs de la supplique, refusa de recevoir la députation qui devait la lui apporter. Dans le conseil, il alla jusqu'à mettre en discussion, tant était vive sa colère, la question de savoir si l'on ne sévirait pas contre l'Académie. Le conseil n'osa pousser les choses jusqu'à cette extrémité; mais trois des membres de l'illustre compagnie, M. Yillemain, alors maître des requêtes au Conseil d'Etat, M. de Lacrctelle, censeur, et M. Michaud, lecteur du roi, furent dépossédés de leurs fonctions.

Ces actes impolitiques ajoutèrent à la violence des attaques qui battaient en brèche le cabinet. Un article de Chateaubriand, publié par le «Journal des Débats », fut tiré à trois cent mille exemplaires. Après une discussion dont ces incidents accrurent la violence, à laquelle prirent part, pour combattre la loi, les orateurs les plus éloquents de la Ciiambre, et notamment MM. Royer-Gollard et Benjamin Constant, le projet du gouvernement, mutilé par l'adoption de divers amendements de la commission, fut envoyé à la Chambre des pairs. Mais l'accueil qu'il y reçut fut tout d'abord si défavorable à la politique ministérielle; l'attitude de la majorité, profondément froissée par les graves et bruyants incidents survenus vers ce temps aux obsèques de l'un de ses plus illustres membres, le duc de la Rochefoucauld-

Liancourt, démontra si clairement que la loi votée par les députés serait repoussée par la Chandjre haute, que le cabinet se décida à la retirer et à attendre une occasion meilleure pour sévir contre les journaux autrement qu'à l'aide de la censure, qu'il était toujours libre de rétablir.

Le 17 avril : en vertu d'une ordonnance royale lue à la tribune, la loi disparut de l'ordre du jour de la Chambre des pairs. Dans la soirée du lendemain, Paris illumina. Associant, dans l'expression de sa gratitude, les pairs et le roi, la population manifesta bruyamment dans les rues l'amertume et la vivacité de ses sentiments contre M. de Yillèle.

C'est à ce moment que paraît s'être formée dans l'esprit du- roi, alarmé par ces manifestations, obsédé d'intrigues, d'avis inquiétants, la pensée de remplacer ses ministres. r*onr la première fois, il s'en ouvrit au président du conseil, qui put comprendre alors que si, par im vigoureux et habile effort, il ne rétablissait pas son influence ébranlée, il ne tarderait pas à succomber sous les coups redoublés de ses ennemis.

A cette heure, loin de songer à abandonner le pouvoir, bien qu'il eût constaté l'impossibilité de ramener à soi la majorité de la Chambre haute, il en était arrivé à ne voir, dans le sacrifice que l'opinion et l'intérêt de la monarchie exigeaient de lui, qu'une satisfaction donnée à ses adversaires, qu'un acte de faiblesse indigne de son caractère. Il commençait à caresser le plan qu'il devait réaliser quelques mois plus tard et qui consistait à dissoudre la Chambre des députés, à faire un appel au pays et à détruire l'influence hostile de la Chambre des pairs, par une promotion qui y ferait entrer près de quatre-vingts nouveaux membres et eu moditierait la majorité. A ses yeux, la Chambre des pairs était coupable non pas seulement d'avoir rendu nécessaire, par son attitude le retrait de la loi sur la presse, mais encore de paraître vouloir systématiquement voter en contradiction avec le ministère, et d'avoir tout récemment renvové

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