LIVRE QUATRIÈME
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DISSOLUTION- DE LA CHAMBRE — SUPPRESSION DE LA CENSURE — LE CA- BINET EST ÉLECTORALEMENT VAINCU — CRISE MINISTÉRIELLE — IRRÉSO- LUTIONS DU ROI — CHUTE DE M. DE VILLÈLE — JUGEMENT SUR M. DE VILLÉLE — DIFFICULTÉS QUE RENCONTRE LA FORMATION D'UN NOUVEAU MINISTÈRE — FORMATION DU CABINET MARTIGNAC — M. DE VILLÉLE EST NOMMÉ PAIR DE FRANCE.
Le roi revint de voyage dans le courant du mois d'octobre. La double mesure de la dissolution de la Chambre des députés et d'une promotion de pairs fut mise immédiatement en délibération dans le conseil. Elle y fut adoptée après de longs débats. Les préfets, qui s'y étaient montrés opposés ([uelques semaines auparavant, paraissaient maintenant plus disposés à croire à son efficacité, et l'opinion des ministres peut se résumer dans ces paroles de l'un d'eux . « La monarchie sera plus exposée l'année prochaine; en mettant les choses au pire, on en sera quitte cette année pour un changement de ministère. » Il est certain qu'à cette heure, le roi étant résolu à conserver ses ministres, la dissolution s'imposait nécessaire, urgente, inévitable. Seule, elle pouvait permettre de créer de nouveaux pairs pris dans les rangs de la Chambre. Le démembrement de la majorité ministérielle, les démissions de plusieurs députés royalistes, le résultat des récentes élections partielles, la coalition des partis, en un mot le mécontentement général, la rendaient en outre nécessaire.
Mais la partie était grosse, l'enjeu redoutable; c'était la couronne elle-même. L'heure était-elle favorable pour affronter d'aussi Ijinlants périls? iN'eùt-il pas été plus sage, [)lus politique de procéder d'abord à un changement de cabinet? K'était-il pas évident que de nouveaux ministres, choisis dans le centre, pourraient consulter le pays plus
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utilement que M. de Villèle et ses collègues et obtenir de lui une réponse dégagée des passions qui altèrent la sincérité des votes? Tel était l'avis de tous les hommes modérés et personnellement désintéressés. Mais leur influence était nulle, et leur opinion iie put prévaloir.
Le G novembre i8!27, le « Moniteur » publia quatre ordonnances. La première prononçait la dissolution de la Chambre des députés, convoquait les collèges électoraux d'arrondissement pour le 17 du même mois, et les collèges des déparlements pour le 21, en même temps qu'elle fixait au G février suivant l'ouverture de la session. La seconde supprimait la censure. La troisième nommait soixante-seize nouveaux pairs; la quatrième, enfin, désignait les présidents de tous les collèges. C'était le triomphe de la politique de M. de Villèle, mais un triomphe précaire et qui, contrairement à ses espérances, allait hâter sa chute, après l'avoir irrémédiablement affaibli.
Ainsi qu'on devait s'y attendre, la presse n'usa d'abord de la liberté qui lui était rendue que pour critiquer l'ensemble de ces mesures. La liste des nouveaux pairs notamment fut examinée, discutée avec une vivacité qui touchait à l'outrage, et devint un nouveau grief ajouté à tous ceux qui devaient exercer une action fatale sur la composition des listes électorales. La coalition des partis, préparée de longue main, se fit sur le champ de bataille, à la veille de la mêlée. Les journaux des opinions les plus opposées se tendirent la main. On vit les hommes les plus ardents de la droite recommandés par les feuilles libérales, les candidats les plus hostiles à la monarchie appuyés par les organes royalistes. Le seul programme proposé aux électeurs était le renversement du ministère; il suffisait de s'y rallier pour être dispensé de toute autre profession de foi. Lamartine a justement qualifié ces élections quand il a dit que ce furent c( des élections de colère et de vengeance». Les députés de la gauche qu'avaient écartés les scrutins précédents, furent
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élus, tandis qu'un grand nombre de députés ministériels, et M. de Peyronnet lui-même, quoique ministre, venaient échouer misérablement contre les candidats de la coalition : Aux opérations du 17, la défaite du cabinet s'accusa avec tant d'éclat qu'il dut perdre l'espoir d'en réparer les effets par celles du "M. A Paris, sur huit mille électeurs, onze cents seulement votèrent pour lui. L'opposition rallia tous les autres. Ces résultats furent accueillis avec un enthousiasme indescriptible. Il se traduisit d'abord par des illuminations générales, qui dégénérèrent le lendemain en émeutes, que la force armée dut réprimer avec vigueur et dont elle n'eut pas facilement raison ; on accusa la police de les avoir fomentées.
Cependant, la condamnation du ministère était prononcée. Le jugement que la nation venait de rendre, décisif et sans appel, ne semblait devoir laisser aucune espérance à M. de Villèle et à ses collègues. Toutes les inimitiés accumulées autour d'eux éclataient h la fois, cl si bruyamment que le roi attendait leur démission. Mais M. de Yillèle ne se tenait pas pour battu. Tandis que le parti de la cour s'efforçait de décider le roi à confiera M. de Polignacla présidence d'un cabinet nouveau, M. de Yillèle étudiait les combinaisons les plus contraires, cherchant tantôt à écarter MM. Corbière et de Peyronnet, qu'il croyait à tort plus compromis que lui, tantôt à ouvrir les rangs du gouvernement aux hommes qui se montraient le plus pressés d'y prendre place.
U y eut alors bien des tentativ(>s faites, bien des plans ébauchés. M. de Villèle songeait tour à tour à Chateaubriand, (|u'il avait irréparablement froissé, et dont le roi d'ailleurs ne voulait pas, à MM. Casimir- Périer, Pasquier, Laîné, lioy, et même à MM. de la Bourdonnaye et de Polignac. Mais comment faire vivre ensemble des éléments si disparates, et coimnent M. de Villèle ne comprenait-il pas que vsa présence aux affaires rendait impossible toute combi-
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liaison viable? C'est le roi qui lui ouvrit les yeux. « Aurezvous la majorité? » lui demanda-t-il peu de jours après les élections. « Non, s'il s'agit d'empêcher la Chambre de faire, dès son ouverture, la demande du renvoi des ministres, répondit M. de Villèle; oui, pour tout le reste, si cette demande est péremptoirement refusée par le roi et s'il n'est présenté que des lois d'intérêt général, conformes aux sentiments exprimés par les électeurs. »
Cette réponse témoignait d'un si complet aveuglement qu'elle surprit le prince. On lui avait dit que le cabinet ne se croyait pas en état de résister aux passions déchaînées contre lui. Il répéta ce qu'on lui avait dit à M. de Villèle : a Ah! sire, s'écria le président du conseil, veuillez vous en fier aux paroles de vos ministres, plus qu'en celles de leurs ennemis. » Le roi parut se contenter de cette protestation. Mais, peu de jours après, M. de Villèle, ébranlé par cet entretien, par les adjurations de ses amis, pai' l'opinion de ses collègues et surtout par l'expression du ressentiment public déchaîné, las des vains efforts qu'il venait de tenter pour conserver le pouvoir, écrivit au roi afin de le prier de mettre promptement un terme aux incertitudes publiques, soit par la formation d'un nouveau cabinet, soit, ajoutait-il, comme s'il eût voulu faire montre de ses dernières illusions, par la volonté hautement déclarée de garder l'ancien.
Irrésolu entre M. de Polignac, qui le poussait à former un ministère d'extrême droite, et ceux qui, comme le maréchal Soult, conseillaient un cabinet où le centre gauche serait en majorité, le roi ne voulut prendre encore aucune décision. Il chargea seulement M. de Villèle de consulter l'un des membres les plus considérables de la Chambre des pairs, M. deTalaru, et de lui demander s'il lui conviendrait de former un ministère de royalistes modérés. M. deTalaru répondit par un refus. « Le roi vous laisse et il voudrait que je prisse votre place. Je ne serai pas si fou. Je n'en ferai rien. » Le lendemain, s'adressant à Charles X lui-