LA RÉVOLUTION
(5 Janvier 1828 — 31 Juillet 1830)
LES NOUVEAUX MINISTRES — DEFIANCES DE L OPINION — IDEES FAUSSES DU ROI SUR LE RÉGIME PARLEMENTAIRE — QUESTION DES PETITS SÉMI- NAIRES SOUMISE A UNE COMMISSION — M. DE VILLÈLE SE RAPPROCHE DE M. DE LA BOURDONNAVE EN HAINE DU CABINET — SES ENTREVUES SECRÈTES AVEC LE ROI — OUVERTURE DE LA SESSION — LA VÉRIFICA- TION DES POUVOIRS CONSOLIDE LE CABINET — IL FAIT NOMMER M. ROYER- COLLARD PRÉSIDENT — DISCUSSION DE L'ADRESSE — LES ADVERSAIRES DE M. DE VILLÈLE Y INTRODUISENT UN PARAGRAPHE CONTRE SON ADMINIS- TRATION — COLÈRE DU ROI — SES SENTIMENTS CONTRE SON MINISTÈRE.
Deux des nouveaux ministres appartenaient à l'ancien cabinet. C'étaient M. de Ciiabrol, dont les travaux au ministère de la marine n'avaient pas été sans éclat, et M. Frayssinous, l'évêque d'Hermopolis, ferme défenseur des libertés gallicanes, honoré de la haine de l'abbé de Lamennais et des ultra-catholiques et duquel on disait « qu'il était moins exclusivement prêtre que beaucoup de laïques ». Deux autres, MM. de Saint-Cricq et de Caux, le premier possédant des connaissances spéciales , en matière de douanes, le second, officier général et employé supérieur
DAUDET. — Histoire de la Restauration. 2i
dans les bureaux de la Guerre, étaient inconnus. Le comte l\oy avait été déjà deux fois ministre des finances; il possédait une des plus grandes fortunes de France. Orateur et jurisconsulte, M. Portails était le fils du grand Portalis, l'un des auteurs du Code civil et associé comme lui, quoique dans des circonstances plus modestes, à quelques-uns des actes de la politique impériale, il avait un jour encouru la disgrâce de Napoléon dans des conditions honorables pour son avenir. Ses grandes lumières faisaient de lui un ministre utile et précieux.
Le comte Auguste de la Ferronnays auquel était dévolu le portefeuille des affaires étrangères comptait parmi les plus anciens amis du roi. C'était un de ces émigrés, malheureusement trop rares, qui avaient laissé à la frontière, en rentrant dans leur patrie, leurs préjugés, leurs rancunes, et acquis rapidement la conviction que vouloir ramener la France vers le passé constituait une impossibilité. Depuis sept ans, il remplissait les fonctions d'ambassadeur de France en Russie et entretenait avec les plus illustres hommes d'État de l'Europe des relations étroites. Enfin, M. de Marlignac, qui devait donner son nom au ministère, appartenait au barreau de Bordeaux. Entré tard dans la vie politique, il s'y était fait en peu d'années une haute situation,, grâce à la modération de son esprit, grâce surtout à son talent d'orateur, qui allait prendre une envolée nouvelle et immortaliser son nom.
Il était nécessaire de faire connaître d'un mot les membres de ce cabinet, a qui l'histoire à témoigné et devait témoigner une sympathie particulière, à cause des efforts qu'il tenta pour ramener à la monarchie le parti libéral. Malheureusement, c'était déjà trop tard, et ces efforts furent vains ; mais leur insuccès n'enlève rien à leur mérite, et ils n'en restent pas moins dignes d'éloges.
L'avènement du ministère Martignac, connu en France dans les premiers jours de janvier 1828, déconcerta les ultra-