‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 141 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Beauvais, de MM. Laine, Séguier, Pasquier, pairs de France, le comte de Noailles, de la Bourdonnaye, Dupiu aîné, députés, et d'un membre de l'Université. Le roi raya de cette liste le nom de M. Pasquier, parce qu'il redoutait l'influence de cet esprit libéral : il y substitua celui du baron Mounier, qu'il croyait « un peu plus dans sa dépendance ». La commission se mit à l'œuvre immédiatement, au milieu de l'agitation causée par la publicité du rapport sur lequel elle avait été nommée. C'est au mois de juin seulement qu'elle fit connaître le résultat de ses études. Nous raconterons cet incident à son heure.

Ce qu'il faut noter dès maintenant, c'est la part qu'eut M. de Villèle dans les faits qui viennent d'être résumés. Il était resté en relations intimes avec le roi. Vaincu, il espérait une revanche, et la cherchait dans les conseils que Charles X, au mépris des règles d'un bon gouvernement, sollicitait de lui. Il s'était rapproché de son intraitable ennemi, M. de la Bourdonnaye, et souvent le soir, sous un déguisement, il se rendait aux Tuileries pour causer librement avec le roi. Ces imprudences, indignes d'un homme de son caractère, ne tardèrent pas à être divulguées et dénaturées. Les journaux prétendirent qu'il existait deux ministères, l'un public, l'autre occulte. L'opinion s'ameuta contre M. de Villèle, et M. de Montlosier, dans des brochures passionnées, demanda sa mise en accusation.

La session des Chambres devait s'ouvrir le 5 février. On touchait à cette date, et aucune majorité ne s'était encore dessinée ni pour ni contre le ministère. Il croyait avec raison qu'il en trouverait une dans la Chambre des pairs, où, malgré la nomination de quatre-vingt-un nouveaux membres, œuvre de M. de Villèle, l'influence appartenait toujours à ce groupe illustre que formaient Chateaubriand, MM. de Montlosier, de Talleyrand, de Sémonville, Laisné, de Pastoret, Dambray, de Ségur, de Mortemart, Portai, Louis, Decazes, Pasquier, de Barante et de Broglie, —

groupe parmi lequel il ne comptait que des amis. II n'avait pas une égale confiance dans la Chambre des députés. Là, les influences anciennes ou nouvelles s'appelaient Royer- CoHard, de Ciiaiitelonp, Duchàtel, de Montbel, Benjamin Constant, de Cormenin, Bertin de Vaux, de Conny, de la Bourdonnaye, Delalot, Dupin, Laffitte, Sosthènes de la Rochefoucauld, Casimir Périer, Pardessus, Sebastiani, Firmin Didot, de Noailles, Béranger, Hyde de Neuville, d'autres encore. Ces influences n'avaient ni les mêmes origines, ni les mêmes causes. Les vertus et le caractère avaient créé les unes; l'àpreté de l'opposition, ses violences avaient coniribué à fonder les autres; elles se dressaient devant le ministère, aggravées d'une part d'inconnus qui laissaient l'avenir embarrassé et enveloppé d'incertitudes.

Il est facile de comprendre ses anxiétés en présence d'une Chambre divisée en tant de fractions que la difficulté d'y rallier une majorité de droite n'était pas moins sensible que l'impossibilité de gouverner avec une majorité de gauche. Il n'en resta pas moins décidé à poursuivre la création d'un parti de gouvernement formé de tous ceux qui voudraient y prendre place. Le discours de la couronne fut rédigé sous l'empire de ces dispositions. Il promit des concessions que le roi n'approuvait qu'à contre-cœur, et que M. deVillèlene craignit pas de blâmer. Le discours royal constata aussi la victoire de Navarin, et, par ce côté du moins, ne recueillit que des applaudissements.

Les Chambres commencèrent leurs travaux dès le lendemain. Celle des députés eut à s'occuper d'abord de la vérification des pouvoirs de ses membres. Nommés en majorité dans un esprit d'opposition à M. de Yillèle, les nouveaux élus étaient animés d'intentions hostiles contre le souvenir de son ministère. Le débat s'engagea surtout sur ses actes, sur les ordres qu'il avait donnés à ses fonctionnaires, en vue de la période électorale. .M. de Marlignac ne pensa pas

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