‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 145 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

lait ces colères et ces haines par les accents de son ardente éloquence. Les Jésuites donnaient aux ordonnances le caractère d'une catastrophe nationale. On vit dans les écoles qu'ils dirigeaient, maîtres et enfants jurer de défendre Dieu et la royauté. Les journaux royalistes, racontant ces scènes, (lisaient : «On cherche des martyrs; en voilà. » Enfin, à ces manifestations si graves se joignit la résistance des évêques, qui répondirent aux ordonnances par un « non possumus », et refusèrent d'y adhérer.

Ce soulèvement eut un résultat bien inattendu. II irrita Charles X. Très jaloux de son autorité, il n'admettait pas qu'elle pût être contestée. Appuyé par lui, le ministère continua vigoureusement son entreprise. Une protestation signée pai' l'archevêque de Paris arracha ces mots au duc d'Angouléme : « Si j'étais roi, il coucherait ce soir à Yincennes. » Le cardinal de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, ayant écrit au ministre des affaires ecclésiastiques une lettre impertinente, fut consigné à la porte des Tuileries. Ces actes de fermeté, complétés par des ordres formels venus de Rome, coupèrent court à toutes les résistances. L'épiscopat se résigna. Les Jésuites, ne voulant pas s'astreindre au régime de l'Université, quittèrent la France. Les ordonnances furent exécutées. De l'aveu du pape Léon XII, elles ne compromettaient pas le spirituel.

Au total, cette alfaire était un succès pour le cahinet. Mais elle avait ouvert à ses flancs des plaies vives et secrètes, créé contre lui des inimitiés irréconciliables et accru les difficultés. Il était parmi les royalistes des hommes qui ne devaient le lui pardonner jamais. Elle eut encore un autre résultat : c'est que le parti constitutionnel, ayant vu le roi céder facilement sur les ordonnances, se figura par la suite que si, sur d'autres points, il ne cédait pas, la faute en était à ses conseillers officiels, qui ne voulaient pas ou ne savaient pas lui montrer les exigences de l'opinion.

Après la discussion du budget de 18^9, qui vit M. de la

Bourdonnaye se faire le défenseur de M. de Villèle, le ministère eut contre lui une opposition formée des amis de ce dernier et de rextrème droite, résolue à le renverser, tandis qu'il n'avait derrière soi qu'une majorité divisée, trop capricieuse pour être constante à le soutenir. Cependant il possédait à cette heure une popularité réelle dans le pays. Dans les Chambres, les lois qu'il avait proposées étaient adoptées, celles dont il souhaitait le rejet repoussées ; il avait demandé au crédit quatre-vingts millions, et la rente n'avait j)as fléchi. Sa confiance dans l'avenir semblait donc justifiée. Ses amis pouvaient espérer que ce ministère libéral par position, modéré par caractère, soutenu par les libéraux et supporté par le roi, mènerait à bonne fin la tâche qu'il s'était proposée.

La session de 1828 fut close deux mois après la publication des ordonnances du 16 juin. Elle acquit à M. de Martignac, selon l'expression de M. Guizot, un juste renom de sincérité libérale, d'éloquence et de prudence parlementaire; elle le laissa chef du cabinet, qui fut lui-même dans une heureuse situation envers la France. Le roi, quoiqu'une partie du pays se défiât de ses actes et que certains journaux prétendissent que ses bienfaits cachaient des pièges, recueillait de nouveau certains symptômes de cette popularité que le ministère Villèle lui avait fait perdre. L'expédition de Morce, qui eut lieu à cette époque, ne contribua pas peu à ce résultat.

La bataille de Navarin, quoiqu'elle eût détruit pour longtemps la puissance navale de la Turquie, n'avait pas affranchi la Grèce. Une guerre était imminente entre la Porte, qui se refusait à abandonner le territoire des Hellènes, et la Russie, qui voulait défendre ses coreligionnaires. Ibrahim, fils de Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte, occupait la Morée à la tête d'une armée de quinze mille hommes, et le traité intervenu le 0 juillet 1827 entre Paris, Londres et Saint-Pétersbourg restait lettre morte, puisque le territoire

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