‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 147 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

contraire. Parmi les familiers du roi, on ne s'occupait que des moyensde renverser le cabinetetde le remplacer parun autre dont M. de Polignac eût été le chef. Ce personnage, alors ambassadeur à Londres, correspondait activement avec ses amis; il s'était allié avec M. de la Bourdonnaye, pour qui le roi avait, depuis quelques mois, conçu un goût très vif. A eux deux, ils menaient la campagne anliministérielle, forts de l'appui de Charles X, dont l'attitude disait clairement qu'il serait heureux de les voir réussir. Au reste, dès ce moment, les conseils n'exerçaient d'influence sur lui qu'autant qu'ils émanaient des adversaires de M. de Martignac. Il se plaisait à lire les journaux de l'extrême droite, hostiles à ce dernier, surtout la Gazette de France, inspirée par M. de Villèle et de laquelle il disait, pour se justifier d'en faire la lecture : « C'est un ancien ami, une vieille habitude. » Il ne se choquait pas quand quelque journaliste exalté ou quelque général l'invitait à un coup d'Etat, il laissait dire devant lui que le ministère qu'il tolérait n'était qu'un expédient. Enfin, son mauvais vouloir se manifesta de nouveau quand ses ministres lui demandèrent quelques sacrifices de personnes qu'ils jugeaient indispensables, afin de mettre le personnel administratif en harmonie avec l'esprit qu'ils avaient apporté au gouvernement. Il ne consentit à signer une ordonnance qui remaniait le Conseil d'État et à nommer les candidats qui lui étaient présentés que lorsqu'on lui eut annoncé que la Chambre refuserait de voter le crédit pour cette grande compagnie si l'on n'en réformait l'organisation et le personnel.

Ces nominations, faites le 3 novembre, ne donnèrent pas satisfaction à l'opinion; c'était trop ou trop peu; trop pour la droite, trop peu pour la gauche. Les deux partis incriminèrent le cabinet. La cour se plaignait avec amertume des coups que recevaient ses créatures ; les libéraux s'écrièrent ((ue la réaction marchait à grands pas. Vainement le «Moniteur » déclarait que la couronne ne voulait pas reprendre

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ce qu'elle avait donné. Ou lui répondait que les ministres cherchaient à désarmer la révolution, mais qu'elle les écraserait s'ils n'allaient résolument à elle.

Nous n'insistons sur ces détails que parce que, d'une part, ils révèlent les symptômes de la politique qui allait prévaloir, à six moisdelà, et provoquer la chute du trône des Bourbons, et que, d'autre part, ils montrent les difficulté? que M. de Marti^Miac et ses collègues avaient à combattie. Elles ne les empêchaient pas, au surplus, de poursuivre leur tâche, de gérer les affaires du pays avec sagesse, d'opérer dans l'administration d'importantes réformes, d'étudier les changements à introduire dans le régime commercial de la France, les amélioiations des routes et des canaux, le perfectionnement du système colonial, de développer l'instruction publique, d'accélérer les armements et de reconstituer la marine nationale. Le succès de l'expédition de Morée avait fait le gouvernement du roi arbitre souverain de la question d'Orient. Il en profitait, non pour prendre parti dans la guerre qui venait d'éclater entre les Turcs et les Russes, mais pour jeter les bases de l'indépendance politique de la Grèce, dans les conférences de Londres. Mieux avisé qu'en 1823, lors des événements d'Espagne, il évitait d'intervenir en Portugal, où le régent, don Miguel, venait d'usurper le trône, et se contentait de rappeler son ambassadeur. Un rigoureux blocus était mis devant Alger, dont le dey manquait à ses engagements. Enfin , conformément aux promesses royales, le corps d'occupation d'Espagne était rappelé, et l'indemnité qui nous était due par le gouvernement de Madrid, fixée à quatre-vingts millions.

Le ministère eut à pourvoir à d'autres nécessités. L'abondance des produits fabriqués dépassait, cette année, les besoins de la consommation et laissait régner sur l'industrie un malaise extrême; les pays vignobles se plaignaient du système d'impôt et des tarifs étrangers; la récolte des grains avait souffert des intempéries de la saison ; on était menacé

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