‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 148 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

d'une disette; sur tous les marchés le prix des blés s'éleva. Le ministère sut parer à tous les besoins.

Une autre question le préoccupait. C'était la préparation de deux lois relatives à l'administration communale et à l'organisation des conseils généraux destinés à rétablir les franchises locales, supprimées par la Terreur et l'Empire, et à émanciper les municipalités et les départements sans altérer le pouvoir protecteur et modérateur qui appartenait à la couronne. Une commission spéciale travaillait à donner le système électif pour base aux dispositions de la législation nouvelle. Après avoir fait accepter par le roi ce grand progrès, M. de Martignac songeait à le faire adopter par les Chambres. Le 7 décembre, une ordonnance royale fixa au 27 janvier suivant l'ouverture de la session. Il y eut, à l'approche de ce moment, des tentatives d'étroite union entre le ministère et le centre gauche, afin d'assurer le succès d'une fusion constitutionnelle. Le ministère se montra même disposé à s'adjoindre M. Casimir Périer, et le roi ne se montra pas contraire à cette combinaison.

Malheureusement, le 2 janvier, M. de la Ferronnays, ministre des affaires étrangères, fut frappé de paralysie. Il fallut lui chercher un successeur. Le roi écarta successivement Chateaubriand, M. de Uayneval, 31. Pasquier et le duc de Morfemart, que lui présentaient ses ministres. C'est le duc de Polignac qu'il voulait, et comme le cabinet le refusait, on ajourna le conflit que laissait prévoir cette double résistance, en accordant un congé de trois mois à M. de la Ferronnays et en confiant par intérim son portefeuille à M. Portails.

Charles X croyait-il aux talents de M. de Polignac? Faisaitil fond sur sa capacité ou son énergie? Questions auxquelles il est difficile de répondre. Ce qui est certain, c'est qu'il comptait, depuis longtemps, sur celui qu'il appelait « son cher Jules » pour trancher le dilférend qui s'était élevé entre le pouvoir monarchique et le pouvoir représentatif.

Quoiqu'il en soit, le duc de Polignac quitta Londres, sur la demande du prince, vint à Paris, et, quoique le ministère le pressât de repartir, il y resta plusieurs jours, du consentement du roi, y travaillant mystérieusement à réunir les éléments d'un cabinet nouveau. MM. de Martignac et Portails, ayant eu connaissance de ces intrigues, y coupèrent court, en exigeant le départ immédiat de l'ambassadeur et en menaçant le roi de leur démission, s'il n'était pas fait droit à leur légitime exigence. Le duc de Polignac reçut l'ordre de s'éloigner et obéit. Mais il savait que son absence serait de courte durée, la résolution du roi de le mettre au pouvoir étant irrévocable. Avant de partir, il assista à l'ouverture de la session de d829.

Le discours de la couronne fut accueilli favorablement : « L'expérience, y était-il dit, a dissipé le prestige des théories insensées; la France sait bien sur quelle base son bonheur repose, et ceux qui le chercheraient ailleurs que dans Tuiiion sincère de l'autorité royale et des libertés que la Charte a consacrées seraient hautement désavoués par elle. » Ces quelques lignes contenaient tout un beau programme, digne de M. de Martignac et des hommes associés à sa politique. Elles imposaient aux libéraux le devoir le soutenir le ministère afin de le rendre fort contre la droite et de l'imposer au roi qui ne songeait qu'aux moyens de s'en débarrasser. Ce devoir, les libéraux le méconnurent ; ils marchandèrent leur concours au cabinet au moment même où la droite s'abstenait de voter l'adresse, ayant été avertie secrètement que le discours de la couronne n'exprimait point la pensée personnelle du roi. Cette adresse réunit néanmoins deux cent treize voix. Mais ce fut le dernier succès de M. de Martignac et du parti modéré.

Le 9 février, M. de Martignac apporta à la Chambre des députés les deux projets de loi dont il a été question plus haut, relatifs l'un à l'administration départementale, l'autre à l'administration communale, et donna lecture de l'exposé

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