‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 149 sur 177 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

(les motifs qui les pr('C(''dait. Le roi n'avait arroplé res grandes mesures qu'avec répugnance. Le système électif, qui en formait la base, et mettait à la tète du département et de la commune des conseils librement cboisis par les notables, lui apparaissait comme une monstruosité. Il ne souhaitait donc pas le succès de cette législation si contraire à ses idées; il en espérait au contraire le rejet, et toute sa conduite révéla cette espérance et le désir de la voir se réaliser.

Le succès personnel de M. de Martignac, dans cette séance du 9 février où il commenta les lois nouvelles, fut considérable. Malbeureusement, la droite était résolue à rejeter les lois. Elle manifesta d'abord son sentiment en refusant de commencer la discussion parla loi nmnicipale, pour laquelle le ministère demandait la priorité. Elle voulut commencer par la loi départementale, et le centre gauche, se passionnant un peu mesquinement pour une question secondaire, appuya cette prétention. Ce fut un premier échec pour les ministres.

En même temps, dans les deux commissions parlementaires ciiargées de procéder à l'examen des projets, se formulaient au milieu d'intrigues des objections, des amendements qui tendaient à substituer aux dispositions émanées de l'initiative ministérielle, des dispositions contraires. Le ministère eut peut-être accordé quelques-unes de ces modifications ; mais maintenant le roi n'en voulait aucune, comme s'il eût craint qu'elles aidassent au succès définitif des projets. Pour les faire repousser, il avait lancé secrètement à travers la droite plusieurs de ses familiers.

La discussion sur la loi départementale à peine ouverte, un auîendemenl qui en dénaturait le caractère et l'esprit fut déposé par la commission elle-même, et, après un long débat, voté par une majorité fournie de la droite, du centre gauche et de la gauche. Les ministres quittèrent aussitôt la séance et se rendirent aux Tuileries, où ils apprirent à Charles X ce ([ui venait de se passer. « Il n'y a pas moyen

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(le traiter avec ces gens-là, s'écria le roi; vous voyez comme ils reçoivent nos bienfaits. Il est temps de nous arrêter. Allez leur annoncer que je retire les lois. » Une ordonnance fut rédigée en hâte, et, quelques minutes plus tard, M. de Martignac en donnait lecture aux députés. Les projets auxquels il avait si longtemps travaillé et qui contenaient en germe la plus utile réforme étaient anéantis.

Cet incident se passait le 8 avril; dès le lendemain, la gauche regrettait l'imprudence avec laquelle elle avait servi de complice au parti de la cour et favorisé la politique de Charles X, politique à deux faces, en cette circonstance. Mais il était trop tnid pour réparer une si lourde faute. Dans le pays, ou crut ;i une crise ministérielle. Elle ne se produisit pas. Le cabinet formé secrètement avec MM. de Polignac et de la Bourdonnaye ne devait être connu qu'après le vote du budget, quand, pour un temps au moins, le concours de la Chambre lui serait inutile. M. de Martignac et ses amis eurent le tort de subir cette situation. Leur maintien au pouvoir ne trompait personne: ils étaient à la discrétion du roi etnepouvaientplus avoir qu'une existence inutile et précaire.

Cependant, comme pour encourager leurs illusions, c'est justement cet instant que choisit Charles X pour les obliger à remplacer aux affaires étrangères le comte de la Ferronnays, qui, à l'expiration de son congé, ne souhaitait plus qu'une prompte retraite, exigée par sa santé. M. Portails conserva définitivement ce portefeuille, le roi n'ayant voulu le confier ni à Chateaubriand, ni à M. Pasquier. Un député peu connu, M. Bourdeau, devint ministre de la justice en remplacement de M. Portails. C'étaient là des combinaisons sans grandeur. Elles démontraient qu'aux yeux du roi les jours du ministère étaient comptés et qu'il ne voulait pas le fortifier en y faisant entrer des hommes de grande valeur, dans la crainte de lui donner trop d'autorité pour le jour où il exigerait sa démission.

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