LIVRE CINQUIÈME. M
LE RENVERSEMENT DU MINISTÈRE DÉCIDE — ATTABLES CONTRE LUI — LE DISCOURS DU MARQUIS DE VILLEFRANCHE A LA CHAMBRE DES PAIRS — RETRAITE DES M NISTRES — INGRATITUDE DU ROI ENVERS EUX — FORMA- TION DU CABINET POLIGNAC — PROTESTATIONS QU'lL SOULÈVE — DISSEN- TIMENTS DANS LE MINISTÈRE — SESSION DE 1830 - PROVOCATION DU DISCOURS DE LA COURONNE — L'ADRESSE DES "l'il — AJOURNEMENT DE LA SESSION AU l" NOVEMBRE — RETRAITE DE MM. DE COURVOISIER ET DE CHABROL — DISSOLUTION DE LA CHAMBRE.
M. de Martignac, à tort ou à raison, n'avait pas voulu répondre aux procédés dont il était victime par une démission qui eût livré sur-le-champ le gouvernement à l'extrême droite, et, par voie de conséquences, la France h la révolution. Mais il n'osait plus former des plans pour l'avenir de son entreprise; jusqu'à nouvel ordre, son œuvre ne pouvait plus être qu'une œuvre de préservation et de défense sociale. Ses collègues et lui restèrent au pouvoir, attendant beaucoup du temps, des circonstances, du repentir des partis, sans comprendre encore ipie le roi n'attendait plus que le vote des lois de (inances et la fin de la session pour rappeler M. de Polignac à Paris et lui confier le gouvernement. Charles X les retint et les conserva en les trompant. Il les avait déjà sacrifiés qu'il leur parlait encore comme à des hommes dont on apprécie le talent et le mérite et auxquels on a pour longtemps accordé sa confiance.
Les membres des deux Chambres qui siégeaient à l'ex- Irémo droite, tenus plus exactement au courant des intentions du roi, ne se firent pas faute d'attaquer le cabinet, avec une violence nouvelle. Dans la presse ultra-royaliste, on réclamait impérieusement sa démission. La discussion des lois de finances, par laquelle le Parlement reprit ses travaux interrompus |)piidant qiieiipios jours, fut caractérisée
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par des discours hostiles. Le règlement définitif du budget de 1827, les crédits supplémentaires pour 18:^8 et enfin le budget de 1830 fournirent aux adversaires du cabinet l'occasion de se livrer contre lui aux attaques les plus exagérées. Le 2 juin, le ministère, accusé de mauvaise foi, d'irrésolution, de faiblesse, accusé par la droite d'avoir abandonné le roi, par la gauche d'avoir trahi les espérances du pays et sacrifié aux terreurs de l'aristocratie la cause des libertés publiques, dut se défendre avec énergie. M. de Martignac prit la parole et, dans un discours admirable, véritable testament politique, traça le tableau de son aiministration, des réformes, des lois, des actes, par lesquels il avait essayé de donner satisfaction aux vœux du pays. Après lui, tous les ministres parurent à la tribune pour justifier leur conduite. Mais les partis semblaient résolus à se montrer injustes et ingrats. On entendit des députés exprimer l'avis de refuser au gouvernement le vote du budget.
Dans la Chambre des paii's, des incidents analogues se produisirent. Le :27 juillet, un des membres de cette haute assemblée, le marquis de Villefranche, se fit le champion de toutes les haines antiministérielles; il rappela pour les critiquer les ordonnances du 1(5 juin; il railla les théories constitutionnelles, le système légal, dénonçant ce qu'il appelait la violation de la Charte. M. de Martignac dut plaider sa cause devant les pairs, comme il l'avait fait devant les députés. « On nous menace des arrêts de l'histoire, s'écria-t-il : j'ignore si l'histoire gardera le souvenir de notre passage rapide au travers des affaires embarrassées de notre pays ; si elle s'en occupe et si elle porte de nous un jugement impartial, elle dira que nous avons été appelé à la direction du gouvernement dans les circonstances les plus critiques, que nous avons rencontré partout sur nos pas des difficultés et des obstacles, que nous avons eu à soutenir une lutte constante contre les passions et les