‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 152 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

que un ordre. M. de Montbel, député peu connu, devint ministre de l'instruction publique. Enfin le jeune amiral de Rigny, neveu du baron Louis; auquel on avait offert le portefeuille de la marine, ayant refusé, sur le conseil de son oncle, de s'engager dans la partie que le roi paraissait résolu à jouer, le baron d'Haussez, préfet de la Gironde, fut mandé à Paris et placé à la tète de cette grande administration. Le roi décida qu'il n'y aurait pas de président du Conseil. C'était l'unique moyen d'éviter un contlit entre MM. de Polignac et de la Bourdonnaye, chacun d'eux se croyant mieux en état que l'auti'e de diriger le ministère.

Tels étaient les hommes que Charles X appelait au pouvoir. La France ignorait jusqu'au nom de certains d'entre eux; le passé et les doctrines de ceux qu'elle connaissait lui inspiraient une invincible horreur. Leur avènement fut considéré comme un malheur public par les amis dévoués et sincères de la dynastie. Une explosion de reproches et d'accusations, basée sur leurs antécédents, eut des échos d'un bout de la France à l'autre. Les accents âpres, incisifs, éloquents, du « Journal des Débats » traduisirent ces sentiments dans deux articles ([ui eurent un immense retentissement : « Coblentz ! Waterloo! 1815! s.'écriait l'organe de Chateaubriand, voilà les trois principes de ce ministère. Pressez-le! Tordez-le! Il ne dégoutte qu'humiliations, malheurs et dangers. » M. Royer-Collard s'écria : « Charles X est donc toujours le comte d'Artois! » La duchesse d'Angoulème, elle-même, fit entendre cette parole prophétique : « Ceci est une entreprise, et je ne les aime pas : elles ne nous ont jamais porté bonheur. » Chateaubriand, ambassadeur de France à Rome, donna sa démission, et nulle instance ne put le décider à la retirer. Le préfet de police, des membres du Conseil d'État, d'autres fonctionnaires, suivirent cet exemple.

C'est sous ces tristes auspices que le ministèie Polignac

prit possession du pouvoir. Les hommes les plus modérés des centres, M. Royer-Collard en tète, passèrent à l'opposition. Ceux qui, sous le cabinet précédent, s'étaient rapprochés du gouvernement , Casimir Périer notamment , s'en éloignèrent déçus et irrités. A dater de ce jour, les périls éclatèrent, pressés et menaçants ; ils naissaient de la légitime exaspération des partis, des revendications de la presse, de Taction surexcitée des sociétés secrètes. Sur le nom détesté de M. de Polignac, s'engagea contre la monarchie une guerre furieuse et sans merci. Elle ne permettait pas d'espérer que le cabinet trouverait dans la Chambre une majorité pour gouverner avec elle. Mais c'était le moindre souci de •M. de Polignac. Il songeait déjà, il n'avait jamais cessé de songer au coup d'État, encore qu'il résistât à M. de la Bourdonnaye, qui le voulait immédiat. « Une majorité, disait-il étourdiment, je n'en veux pas ; je ne saurais qu'en faire! »

Au commencement de 1830, des incendies que leur nombre et les circonstances dans lesquelles ils se produisirent, j ne pouvaient faire attribuer qu'à une malveillance calculée, éclatèrent en Normandie. En quelques semaines, on en compta jusqu'à cent soixante-dix-huit dans les départements du Calvados, de la Manche et de l'Orne. Des mains inconnues lançaient des fusées sur les chaumes des habitations, dans les granges, sur les meules de paille, éparses dans les champs. La justice ne put découvrir les criminels, ni mettre un empêchement aux crimes. L'impopularité du cabinet était telle que la sincérité de ses efforts pour arrêter le fléau ne rencontra que des incrédules. L'opinion l'accusa de l'avoir propagé lui-même, afin de justifier par avance les mesures de réaction dont on lui attribuait le dessein.

Cette situation ne tarda pas à s'aggraver par suite des dissentiments qui régnaient dans le Conseil. A peine au pouvoir, M. de la Bourdonnaye et M. de Polignac s'étaient

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