LIVRE CINQUI
sa valeur que le cœur de son second lils, mort en combattant.
Ce sont là de douloureux et grands souvenirs que l'histoire ne saurait évoquer sans leur rendre hommage et réparer ainsi rinjustice dans laquelle ils sont restés longtemps enveloppés. Le temps, en passant sur eux, permet d'ailleurs de les juger avec plus d'équité que ne l'ont fait les contemporains. Aujourd'hui, les cœurs généreux se plaisent à les rapprocher des dernières journées du règne de Charles X, si tragiques et si fatales. Ils mettent impartialement en regard de l'imprudente conduite du vieux roi cette glorieuse conquête d'Alger qui honore sa mémoire, et de laquelle on peut dire, avec plus de justice qu'on ne l'a dit des ordonnances de juillet, qu'elle constitue le véritable testament du gouvernement de la Restauration.
ÉLECTIONS DE IS'.'iO — DÉFAITE DU GOUVERNEMENT — LE KOl SE DÉCIDE A CONSERVER SES MINISTRES ET A RÉSISTER. — EXASPÉRATION DES PARTIS — BLAME DE L'EUROPE — PRÉPARATION DU COUP D'ÉTAT — ORDON- NANCES DU ti JUILLET — SOULÈVEMENT DANS PARIS — LA COUR OLITTE PARIS POUR SAINT-CLOUD — TRIANON ET RAMBOUILLET — FOLLE CON- FIANCE DU ROI — IL SE DÉCIDE A RENVOYER SES MINISTRES — MISSION TARDIVE DU DUC DE MORTEMART - TRIOMPHE DE LA RÉVOLUTION — CHUTE DE CHARLES X — LOUIS PHILIPPE LIEUTENANT GÉNÉRAL, PUIS ROI DES FRANÇAIS — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES — COUP D'OEIL SUR LA RESTAURATION.
Le pays se préparait aux élections. La dissolution de la Chambre ne l'avait pas surpris, il s'y attendait; mais elle l'avait irrité. Il se levait pour défendre contre le ministère la Charte menacée, non par la dissolution, qui était, après tout, dans le droit de la prérogative royale, mais par les projets de coup d'État auxquels on savait le gouvernement résolu, en cas de défaite sur le terrain électoral. Partout des commissions s'étaient formées pour propager et appuyer la candidature des deux cent vingt et un. Des comités consultatifs les secondaient, renseignaient gratuitement les électeurs. Le ton général de la presse manifestait une violence poussée jusqu'à son paroxysme.
Le gouvernement, effrayé de ces manifestations, ajourna les opérations du scrutin aux 1:2 et lU juillet dans vingt départements où le triomphe de l'opposition paraissait certain. Il fit au dévouement des fonctionnaires un pressant appel, et enfjn il demanda au roi d'intervenir de sa personne dans le conflit engagé entre la couronne et la nation. Charles X eut la faihlesse d'y consentir, et adressa une proclamation aux électeurs. Mais ces efforts ne réalisèrent pas les espérances du ministère. Le 19 juillet, il connaissait entiers et complets les résultats des élections. C'était pour l'opposition