‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 168 sur 177 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

un inagnilique triomphe. Sur quatre cent vingt-huit députés élus, elle en avait à soi deux cent soixante-dix, parmi lesquels deux cent-deux faisaient partie des deux cent vingt et un. Les amis du ministère n'étaient qu'au nombre de cent quarante-cinq; on comptait treize douteux.

La pratique loyale des institutions parlementaires offrait encore au roi une ressource suprême. Le ministère battu devait se démettre; un cabinet Casimir Périer pouvait tirer la monarchie de la situation critique où elle se trouvait. Malheureusement Charles X nourrissait la conviction que la retraite dé M. de Polignac ébranlerait le principe monarchique. Les ministres, le parti de la Cour étaient du même avis, et ne songeaient qu'à la résistance. L'article 14- de la Charte accordait au roi « le droit de faire toutes les ordonnances nécessaires pour la sûreté de l'État ». C'est sur cet article, qui certainement n'avait pas été conçu pour servir à de telles fins, que cette résistance allait être essayée.

Les moyens de l'organiser furent examinés pendant plusieurs séances du conseil, et de cet examen sortirent les fatales ordonnances qui résumaient le système politique du prince de Polignac. Les objections qui lui furent faites restèrent impuissantes à diminuer la foi robuste qu'il professait pour ce système. Elle stupéfiait tous ceux qui étaient en relation avec lui. Elle arrachait à l'ambassadeur d'Angleterre cette parole caractéristique : « Quand je vais aux Affaires étrangères, je crois entrer dans le paradis des fous de Milton. Ces fous sont dans une situation déplorable, mais ils se croient toujours à merveille. » Les illusions de M. de Polignac flattaient le secret désir du roi; il les partageait. Il croyait au succès; les avis (jui lui venaient de toutes parts, et même des cours étrangères, passaient sur son esprit sans altérer sa sérénité. Il y répontlait en niant les projets qu'on lui attribuait : a Un coup il'Ktat perdrait la dynastie! » disait le prince de Metternich. « Le serment de Reims violé, les Bourbons ne devraient plus coinpter sur la

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Russie, » écrivait le comte de Nesselrode, ambassadeur du tzar. «Je suis las de ces insinuations calomnieuses ! » s'écriait le roi. Et partout, il répétait qu'elles étaient fausses; il le disait aux membres du corps diplomatique, à ses aides de camp, au baron de Rothschild. Il le disait même au général de Cbampagny, qui dirigeait le ministère de la guerre en l'absence du maréchal deBourmont, et que, par une inconcevable aberration, M. de Polignac négligeait d'avertir, alors qu'il donnait a ses collègues l'assurance que toutes les mesures étaient prises pour vaincre les tentatives d'émeute qui pourraient se produire.

Le '24 juillet, les ministres avaient adopté définitivement les ordonnances. Plusieurs d'entre eux ne les votèrent qu'afin de ne pas paraître abandonner le roi. Ils les présentèrent le lendemain à sa signature. La première suspendait la liberté de la presse; la seconde prononçait la dissolution de la Chambre, au moment même où les députés recevaient leurs lettres de convocation pour le 3 août; la troisième créait un nouveau système électoral qui réduisait à deux cent cinquante-huit le nombre des représentants; la quatrième enfin convoquait les collèges électoraux pour les 6 et 18 septembre, et les Chambres pour le :28 du même mois. Ces ordonnances étaient suivies de plusieurs nominations par lesquelles d'anciens fonctionnaires sacrifiés sous le ministère Martignac reprenaient leur emploi, et précédées d un long rapport de M. de Chantelauze, justifiant ces diverses mesures par rénumération des griefs qui les avaient rendues nécessaires. « Plus j'y pense, dit le roi, après avoir entendu la lecture de ces documents et consulté son fils, et plus je demeure convaincu qu'il est impossible de faire autrement. » Il signa cette violation flagrante de la Charte, que les ministres signèrent après lui et il ajouta : « Je compte sur vous; vous pouvez compter sur moi. Notre cause est commune. Entre nous, c'est à la vie et à la mort. » M. de Polignac répéta que les forces militaires en ce moment à Paris

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siirtisaieiil pour saiivei-arder la paix publique, si elle était troublée. Le préfet de police avait affirmé que Paris ne bougerait pas.

Le «. Moniteur » publia les ordonnances le lendemain :2() juillet. Vers dix beures, la nouvelle du coup d'Etat commençait à se répandre dans Paris. Le roi, plein de confiance dans le succès, quittait au même instant avec son fils le cbàteau de Saint-Cloud pour aller chasser dans la forêt de Piambouillel. Dès l'ouverture de la Bourse, la rente subissait une dépréciation de quatre francs. Les écrivains attachés aux feuilles d'opposition se réunissaient dans les bureaux du « National ». Après avoir pris l'avis de plusieurs jurisconsulles, ils chargeaient M. Tbiers de rédiger une protestation, qu'ils signèrent au nombre de quarante-quatre, dans laquelle ils déclaraient que le gouvernement avait perdu « le caractère de légalité qui commande l'obéissance». Cette résistance trouvait un appui auprès des tribunaux, et l'imprimeur du « Journal du Commerce » ayant refusé le service de ses presses, en invoquant celle des ordonnances ([ui suspendait la liberté des feuilles périodiques, le président du tribunal civil, M. de Belleyme, le condamnait à continuer l'impression du journal, attendu que l'ordonnance n'avait pas été promulguée dans les fornies légales. Le tribunal de commerce rendit, au profit du «Courrier français», un jugement analogue.

Vers cinq beures, des groupes commençaient à se former dans les rues, au Palais-Royal, aux abords des ministères. Deux ministres, MM. de Polignac et d'Haussez, reconnus par la foule, furent poursuivis par les buées. On criait de tous côtés : «Vive la Charte! A bas les ministres! » Les rassemblements, dissipés sur un point par la gendarmerie, allaient se reformer sur un autre, toujours plus nombreux et plus menaçants. Quelques députés se réunissaient en hâte chez l'un d'eux, et, ne; se trouvant pas en nombre i)our délibérer, s'ajournaient au lendemain, en se donnant rendez-vous chez

M. Casimir Périer. Malgré ces symptômes, M. de Polignac persistait à penser que l'agitation populaire serait de courte durée.

La journée du 27 juillet, contrairement à ses prévisions, s'annonça plus orageuse. Plusieurs journaux s'abstinrent de paraître, afin de n'avoir pas à solliciter l'autorisation exigée par les ordonnances. D'autres, tels que le « National » et le « Temps », parurent sans cette autorisation, publiant en tête de leurs colonnes la protestation des journalistes; malgré les efforts de la police, ils furent distribués en grand nombre dans Paris et expédiés dans les départements. L'autorité ayant voulu apposer les scellés sur les presses des contrevenants, il en résulta une excitation nouvelle que vint accroître encore l'agitation des faubourgs et des écoles.

La foule se porta plus malveillante que la veille vers l'Hôtel des affaires étrangères. Des bandes composées non seulement d'ouvriers, mais d'un grand nombre d'individus appartenant à la bourgeoisie, parcoururent les boulevards aux cris de « Vive la Charte ! A bas les ministres! -s), tandis que les députés libéraux, réunis chez M. Casimir Périer, s'apprêtaient à prendre la direction du mouvement et à encourager la résistance. Le prince de Polignac se décida alors, bien tardivement, à faire connaître au maréchal Marmont, duc de Raguse, venu de Saint-Cloud à Paris sur l'ordre du roi, qu'il était investi du commandement de la première division militaire. Le maréchal , quoique en proie à de cruelles angoisses, se résigna à obéir. Il prit possession du commandement à midi, ayant sous ses ordres onze mille hommes.

Dans l'après-midi, Paris se soulevait, l'émeute commençait son œuvre, et, vers trois heures, le combat s'engageait aux environs du Palais-Pioyal. Le lendemain, les soixantetrois députés réunis chez M. Casimir Périer signaient une protestation, ainsi que l'avaient fait les journalistes, et encourageaient ainsi l'émeute déjà redoutable. A dater de ce

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