LIVRE CINQUIEME. Ul
lui oouviendrade m'imposer. Des luodifications à la Charte, ([iielles qu'elles soient, ne peuvent donc être faites que par (Ile seule. » Il revint ensuite au Palais-Koyal à travers les rues populeuses, hérissées de barricades, pleines d'hommes en armes, — traces douloureuses de la guerre civile qui venait de régner trois jours et dont il avait maintenant à réparer les suites.
Le 3 août, les Chambres se réunirent. Sur îa proposition d'un de ses membres, M. Bérard, celle des députés vota les modiilcations suivantes à la Charte, que celle des pairs ratifia ensuite. L'article 1-i, dont Charles X s'était autorisé pour l'aire les ordonnances du :25 juillet, lut supprimé, la religion catholique cessa d'être la religion de l'État, la liberté de la presse fut rétablie, l'initiative des lois, jusqu'alors privilège du roi, accordée aux Chambres. 11 ne pouvait plus être créé de tribunaux extraordinaires ; le drapeau tricolore redevenait le drapeau de la nation, et la durée du mandat des députés était fixée à cinq ans, l'âge pour le devenir, à trente ans. En attendant la réorganisation de la Chambre des pairs on abolit les pairies créées par Charles X; on effaça de la Charte le préambule dans lequel il était dit que le roi l'avait octroyée; enlin plusieurs lois, sur le jury, la responsabilité des ministres, le vote annuel du contingent de l'armée, la liberté de l'enseignement, furent déclarées urgentes et réclamées du nouveau pouvoir.
C'était là le prélude de révénemenl qui, à la place du roi déchu, allait mettre un roi nouveau. Ce fut peu de jours après, que les deux Chambres, refusant de recevoir l'acte tardif par lequel Charles X, nonnnant à son tour le duc il'Orléans lieutenant général du royaume, abdiquait en laveur du duc de Bordeaux, appelèrent au trône le chef de la branche cadette des Bourbons, sous le titre de Louisriiilippe I'""", roi des Fran(,;ais. Le nouveau monarque, entouré de ses tils aînés, le duc de Chartres et le duc de
Nemours, prêta solennellement, le 9 août 1830, le serment prescrit par la Charte.
Depuis quatre jours, le malheureux Charles X avait quitt('' Rambouillet sous la protection de trois commissaires spéciaux désignés par le gouvernement pour l'accompagner, lui et sa famille, à Cherbourg, où il devait s'embarquer pour l'exil. Le -4 août, à Maintenon, il se sépara des bataillons de sa garde qui lui étaient restés fidèles. Ses gardes du corps seuls furent autorisés à l'accompagner jusqu'au lieu de son embarquement. Le 10 août, il était à Cherbourg. Un navire américain, le « Great Britain », le reçut à son bord, lui, sa famille et une suite d'environ cinquante personnes. Deux vaisseaux de guerre français, lui tirent escorte jusqu'en Angleterre, où, comme Napoléon I", il allait chercher un asile qu'il devait trouver auchàteaudeHoly-Rood, en Ecosse. Un long exil allait recommencer pour les Bourbons.
C'est ainsi que leur règne prit fin, le 31 juillet 1830, et que tomba leur trône sous les coups d'une révolution que Charles X lui-même avait provoquée, mais qui fut bien prompte à se venger, et qui porta au régime parlementaire, au nom duquel elle s'accomplissait, une inguérissable blessure, de laquelle devait périr, dix-huit ans plus tard, le gouvernement de juillet, fondée aussi sur ce régime.
Les fautes qui marquèrent la fin du règne de Charles X et entraînèrent sa chute ne doivent pas faire oublier les seT-vices que la Restauration a rendus à la France. Si elle a laissé dans ce pays une trace plus profonde que les gouvernements qui lui ont succédé, et dans les mémoires impartiales un impérissable et glorieux souvenir, c'est à raison de ses bienfaits. Elle avait trouvé la France envahie, désorganisée, à demi ruinée; elle la délivra, lui rendit la prospérité au dedans, le prestige au dehors, restaura ses finances, fonda son crédit, mit en honneur les institutions des pays libres et les grandeurs de la tribune. La Charte octroyée par Louis XYITl a servi depuis de base à toutes les constitutions