‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 18 sur 177 · I.IVUE l'HEMIEK · texte numérisé non relu

I.IVUE l'HEMIEK

que les dettes contractées dans l'exil par la famille royale seraient payées par le Trésor public. Enfin, il fut décidé que les listes d'émigrés seraient supprimées et les biens nationaux encore non vendus repris par leurs propriétaires. La théorie d'une restitution nécessaire et immédiate se posa aussi. Elle trouva de nombreux défenseurs. Qu'elle triomphât, et les ressources budgétaires n'auraient pas suffi à indemniser les familles dépossédées. Mais elle fut rigoureusement combattue par les hommes les plus sages. Il y eut dans l'une et l'autre Chambre une majorité pour proclamer ([u'il fallait s'en remettre à l'avenir du soin de réparer les injustices commises dans le passé.

Le malheur était que des questions si brûlantes, touchant à tant d'intérêts, ne pouvaient être débattues sans soulever d'ardentes passions, sans agiter le pays, sans entraver ainsi l'œuvre de sa pacification. Dans le fond des provinces comme à Paris, tous ceux que la Révolution avait dépouillés et qui avaient souffert se dépensaient en vives et vaines espérances, se résignaient malaisément, déçus et irrités, aux décisions parlementaires qu'ils considéraient comme un grave mécompte, et allaient accroître le nombre des mécontents, qui grossissait d'heure en heure pour toutes ces causes et pour d'autres encore.

Parmi les mesures que, chaque jour, le gouvernement était appelé à prendre, dont les unes se justifiaient par des motifs tirés de nécessités politiques, financières ou militaires, mais dont les autres ne pouvaient être considérées que comme un sacrifice aux exigences du parti de l'émigration, il en était peu qui ne fussent empreintes, en quelque sorte, de cet es'prit d'ancien régime (jui se trahissait dans roiitourage du roi. Il arriva quelquefois que la clameur publique qu'elles soulevaient devint si forte qu'il fallut renoncer à les appliquer. C'est ainsi qu'après avoir, avec une incroyable légèreté, tenté de supprimer trois des maisons de la Légion d'honneur, de diminuer le nombre des

filles de légionnaires élevées à Paris, à Saint-Denis, à Écouen, aux Barbeaux et aux Loges, le ministre de la guerre dut y renoncer, et le roi rapporter au mois de septembre l'ordonnance qu'il avait signée au mois de juillet.

Il en fut de même quand, une décision royale ayant supprimé les écoles militaires de Saint-Germain, de Saint-Cyr et de la Flècbe, qui désormais allaient être remplacées par l'École royale militaire, on osa appliquer à celle-ci un édit de 1751 exigeant que les élèves qui voudraient y être admis fissent preuve de quatre quartiers de noblesse. Cette violation de la Charte, qui avait proclamé l'égalité des citoyens, ameuta l'opinion contre le gouvernement, et surtout contre le comte Dupont, ministre de la guerre, coupable en cette circonstance d'avoir voulu flatter les préjugés et les passions du parti des émigrés. Une pétition adressée à la Chambre des députés vint arrêter la réalisatmn de ces étranges projets. Ils n'en laissèrent pas moins par toute la France une impression douloureuse, un mécontentement que les grands organes de la presse, le Journal des Débats, le Journal de Paris, le Censeur européen, traduisaient avec àpreté, en l'envenimant par leurs commentaires.

On était alors au commencement du mois d'octobre. Chaque jour, la situation s'aggravait par suite de l'exaspération qui s'emparait peu à peu des hommes dont les espérances avaient été trompées, de l'armée surtout, ([ui voyait frappés de disgrâce ses chefs les plus illustres, et parmi eux Davoust, à qui les ultra-royalistes faisaient un crime de l'héroïque défense d'Hambourg, son plus beau titre de gloire. Le parti de l'empire, augmenté des forces révolutionnaires, se trouvait aux prises avec le parti de l'émigration. Ils s'accusaient mutuellement de nourrir des desseins factieux, effrayaient les citoyens paisibles du tumulte de leurs discordes et maintenaient la France dans un état d'inquiétude peu propre à fortifier la confiance ({u'elle devait avoir dans son gouvernement.

Page 1