‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 3 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

gardes nationaux de l'Ouest qui résistèrent jusqu'à la mort, entraient à Meaux, le 28 mars, où ils apprenaient le lendemain que l'impératrice régente venait de quitter Paris, avec son fils et le conseil de régence, pour se rendre à Blois, et abandonnait la capitale, en laissant derrière elle une proclamation qui n'était autre chose qu'un appel aux armes, destiné à faire croire aux Parisiens que Napoléon marchait à leur secours.

Aucun préparatif n'avait été fait pour défendre Paris. L'empereur était à Troyes avec quarante mille hommes, qu'il ramenait des provinces de l'Est. Sans nouvelles de lui, Mortier et Marmont, qui avaient laissé Paris pour le rejoindre, revenaient sur leurs pas. Le 29 mars, dans la soirée, ils franchissaient la Marne, au pont de Charenton, allaient camper sur les hauteurs de BeJleville avec vingt mille hommes formant leur petite armée, qui, dans le désarroi où se trouvait le ministère de la guerre, ne purent obtenir ni vivres, ni fourrages. Depuis plusieurs heures, les Autrichiens occupaient Rosny et le bas de Romainville. Les Russes les rejoignirent dans la nuit. Le 30 mars, au petit jour, la bataille s'engagea. La résistance fut courte, mais héroïque. Marmont et Mortier y déployèrent une intrépidité digne d'honorer leur mémoire. Le premier eut son habit criblé de balles. Vingt mille Français de toutes armes, parmi lesquels les élèves de l'École polytechnique, soutinrent le choc de près de quatre-vingt mille hommes. Trois cents de notre côté combattirent pieds nus; quatre généraux furent blessés. Les maréchaux ne demandèrent une suspension d'armes qu'après avoir tué quinze mille hommes à l'ennemi, et lorsque, avertis déjà que, par suite de l'arrivée des Prussiens, les forces assiégeantes présentaient un effectif de cent mille soldats, ils purent voir cent cinquante canons braqués sur les buttes Montmartre, prêts à bombarder Paris, lançant déjà des boulets dans la Chaussée-d'Anlin. Le roi Joseph en partant leur avait laissé

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l'autorisation de capituler. Ils se décidèrent donc à signer, la nuit venue, une convention, en vertu de laquelle ils purent s'éloigner avec leurs troupes, tandis que les alliés se préparaient à entrer dans Paris.

Pendant la même nuit, M. de Talleyraïul (jui, au lieu de suivre le conseil de régence à Blois, avait eu l'habileté de s'arranger de manière à se faire retenir dans la capitale, pressentant déjà le rôle que l'autorité de son nom en Europe et ses anciennes relations avec l'empereur Alexandre lui assignaient dans les événements qui allaient suivre, envoya à ce prince, à son quartier général de Bondy, le duc de Dalberg, pour lui offrir ses services. Déjà, d'autres personnages politiques, le baron Pasquier, plusieurs des maires de Paris, avaient vu le plus éminent des diplomates russes, M. de Nesselrode. Le tsar fit dire à M. de Talleyrand de rester à sa disposition, et que, le lendemain, il lui ferait connaître ses intentions, à Paris, où il arriverait dans la matinée.

Napoléon, dévoré par l'impatience et l'angoisse, ignorant ce qui se passait dans la capitale, y revenait en poste, précipitamment, devançant son armée. Le 31 mars, en changeant de chevaux à Juvisy, il rencontra le général Belliard, qui opérait sa retraite, conformément à la convention signée par les maréchaux. Il apprit par lui les nouvelles désastreuses qui viennent d'être résumées.

Il voulut d'abord continuer sa route; mais, sur le conseil du duc de Vicence, il y renonça et se décida à gagner Fontainebleau pour y attendre les événements, tandis qu'il donnait l'ordre à cet officier général, son négociateur ordinaire, de se rendre auprès d'Alexandre, sur le concours duquel il comptait encore pour sauvegarder les intérêts de sa couronne et obtenir une paix honorable.

En entrant dans Paris, les souverains alliés ne nourrissaient aucune idée de conquête. Ils étaient résolus à respecter l'intégrité de l'ancienne France ; ils voulaient cette nation

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