LIVRE l'r.EMltlî
étayons ici, peu à peu, à force de bras et d'argent, une vieille masure qui s'écroule sous nos yeux, et nous ne songeons pas à rebâtir solidement, ce qui serait peut-ctre moins dispendieux, et à coup sûr plus durable. » .
Rebâtir voulait dire, dans la bouclie de Consalvi, revenir à l'ancien régime, à la politique théocratique, afin de faire vivre les peuples en bonne intelligence sous le sceptre de leurs souverains légitimes. Or, rebâtir sur de telles bases n'était plus possible ; et c'est parce que la majorité des plénipotentiaires en était convaincue qu'aucun d'eux ne voulait aborder l'obstacle pour essayer de le détruire; ils préféraient se contenter de tirer du statu quo une solution provisoire. Fiien autre chose ne se pouvait dans une assemblée où l'ancien régime seul était représenté, la révolution considérée comme un crime, Louis XVIII lui-même blâmé de se montrer libéral par les diplomates anglais, qui déclaraient que la libellé ne saurait s'acclimater en France, et où chacun des souverains engagés dans la coalition, se figurant qu'il avait renversé Napoléon et sauvé l'Europe, avait la prétention de faire entendre de rigides et justes conseils.
Le congrès cependant touchait à son terme, conservant un caractère de défiance qui survivait à l'apaisement apparent des difficultés. Le 5 mars, tous les diplomates se trouvaient réunis chez l'impératrice, où l'on donnait une représentation (le tableaux vivants et de scènes historiques, quand, vers la fin du spectacle, nu pli fut remis au prince de Metternich. Il l'ouvrit, jeta les yeux sur le contenu. Sa figure se décom- |)Osa. Il se pencha vers l'empereur d'Autriche, qui répéta ses paroles au tsar et au roi de Prusse. Les souverains se levèrent; chacun les imita; le spectacle fut interrompu. La lettre reçue par M. de Metternich lui annonçait le débarquement (le l'Empereur sur le territoire français. « Je vous avais bien averti que cela ne pouvait durer, » dit Alexandre à M. de Talleyrand. Les décisions à prendre furent ajournées jusqu'au retour de ce dernier, f|ui partait le leiulemain, avec
M. de Mcttcrnicli ot le duc de Wellington, pour aller annoncer au roi de Saxe que ses Etats lui étaient en partie restitués. Le 13 mars, les trois diplomates étant de retour, le congrès mettait ce morne jour Napoléon hors la loi, déclarant que les gouvernements se refusaient à voir en lui autre chose qu'un perturliateur du repos du monde, ({u'il fallait désormais traiter comme tel.
La nouvelle du retour de l'Empereur arriva à Paris comme un coup de foudre; elle éclata dans le mécontentement dont les causes ont été énumérées plus haut, entre les partis que le gouvernement du roi ne pouvait plus contenir, au milieu des dissensions ministérielles envenimées par la rivalité qui existait entre le favori de Louis XYIII, M. de Blacas, et le ministre de l'intérieur, M. de Montesquiou. A ce moment, le parti de l'émigration reprenait le dessus, pénétrait de son esprit les décisions gouvernementales, la réorganisation de l'Université, celle de la magistrature, dont on avait suspendu un jour l'inamovibilité afin de chasser de ses rangs, avant de la revêtir d'une investiture nouvelle, ceux de ses membres qu'on soupçonnait de rester attachés au régime déchu ou à la révolution.
Les dispositions de l'armée devenaient chaque jour plus mauvaises. Elle avait ressenti comme une injure personnelle le traitement infligé au maréchal Davonst et au général Exelmans; elle espérait une restauration impériale; elle s'apprêtait à l'acclamer et k la soutenir. Son mécontentement se traduisait par ces tentatives de conspiration militaire dont nous avons parlé.
Les chefs du parti révolutionnaire, ceux qui souhaitaient la chute des Bourbons avec l'espoir secret de fonder un gouvernement de leur choix, à la tête duquel ils rêvaient de placer le duc d'Orléans, s'ingéniaient à profiter de la faiblesse des pouvoirs publics, à la faire tourner au profit de leur cause. Ils exploitaient jusqu'aux mouvements qui éclataient en Vendée et qui avaient pour but de contraindre le