LIVRE PREMIKH. Tj'J
roi ;i confier la dirertion des aiïairos aux amis du comte d'Artois.
De l'Ile d'Elbe, Napoléon avait suivi le déchaînement de ces passions trop ardentes pour ne pas se trahir. Tenu au courant des incidents du congrès de Vienne, il s'était préparé à profiter des divisions des puissances comme de l'impopularité des Bourbons. II n'ignorait pas que l'armée était pour lui, que les officiers en demi-solde formaient un personnel nombreux, tout dévoué à sa cause. Dévoré du désir de reconquérir son trône, convaincu qu'il n'aurait qu'à se montrer en France pour y réussir, il hésitait encore cependant, malgré les avis qu'il recevait de toutes parts. Un jeune homme, M. Fleury de Chaboulon, qui arriva jusqu'cà lui, porteur des instructions des chefs du parti bonapartiste, dissipa ces hésitations.
Le "21 février 1815, profitant d'un relâchement dans la surveillance dont il était l'objet, il s'embarqua sur l'un des navires laissés à sa disposition. Le maréchal Bertrand, les généraux Drouot et Cambronne et quelques centaines d'hommes qui l'avaient suivi à l'île d'Elbe, l'accompagnaient. Le 1" mars, il débarquait au golfe Juan, près de Cannes. H se mettait aussitôt en route pour Grenoble, par la vallée des Alpes, traversait successivement Grasse, Digne, Sisteron, Gap, Yizille, recrutant peu à peu une armée parmi les troupes envoyées à sa rencontre pour le combattre.
De Digne, il avait lancé deux proclamations. Dans la première, adressée à l'armée, après avoir rappelé qu'il était tombé, non pas vaincu, mais trahi, il invitait, au nom des victoires passées, ses anciens soldats à se réunir à lui pour l'aider à chasser les Bourbons, à rétablir ses droits et k délivrer la patrie. « La victoire marchera au pas de charge, disait-il; l'aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. » Dans la seconde, adressée au peuple français, il faisait le récit des événements qui l'avaient renversé, et, pour rassurer
60 HISTOIRK DK LA RESTAURATION.
ceux de ses anciens partisans ralliés aux Bourbons, il ajoutait : « Tout ce que des individus ont fait ou dit depuis la paix de Paris, je l'ignorerai toujours ; cela n'influera en rien sur le souvenir que je conserve des services importants qu'ils ont rendus, car il est des événements d'une telle nature, qu'ils sont au-dessus d'une organisation humaine. » Le 7 mars, au matin, il arrivait devant Vizille. Il rencontra là' une compagnie du 5' de ligne qui s'apprêtait à lui disputer le passage et dont le chef le menaça d'engager le feu. Napoléon, sans tenir compte de cette menace, descendit de cheval, s'avança au-devant de la troupe, et, la saluant : « Soldats du 5'' de ligne, s'écria-t-il, s'il en est un seul parmi vous qui veuille tuer son général, son empereur, il le peut; me voilà! » Une immense acclamation lui répondit. Aux cris de : K Vive l'empereur! » les soldais passèrent de son côté, et quand il entra dans Yizille, son armée comptait plusieurs milliers d'hommes.
Le lendemain, il était aux portes de Grenoble. Là, des préparatifs avaient été faits pour le repousser. Malgré l'esprit de la population, sympathique à sa cause, le général Marchand, qui commandait la place, s'était décidé à remplir jusqu'au boul son devoir. Mais il avait compté sans un jeune officier, colonel du 7'' de ligne, M. de Labédoyère,qui, désertant soudain les rangs royalistes, sortit de la ville avec son régiment pour le conduire à l'empereur. On ferma les portes derrière lui. A neuf heures du soir, Napoléon, s'étant présenté, fut salué par la population et par les troupes réunies sur les remparts. Sur son ordre, les sapeurs brisèrent les portes; il entra triomphalement dans la cité dauphinoise, tandis que le général et le préfet, abandonnés par les soldats, n'avaient d'autre ressource que la fuite. Dès ce moment l'Empire était fait. La défection successive des régiments conduits à sa rencontre, les armes à la main, allait lui assurer le succès jusqu'à Paris.
Arrivée le ^^ mars dans la capitale, c'est le 7 que la non-