LIVRE PREMIER
vellc du débarquement de l'empereur fut confirmée, presque au moment où l'on apprenait le complot des généraux Lalleniand et Lefèvre-Desnouettes, qui devait éclater à Lille, et que la fermeté du maréchal Mortier venait de faire échouer. On rapprocha de cette tentative avortée d'une poignée de mécontents l'événement de Cannes, et, de la simultanéité de ces graves incidents, on tira cette conséquence : qu'ils avaient pour objectif le même but, c'est-à-dire le rétablissement de l'empereur. Quelles que fussent les apparences, il n'en était rien cependant. Ce n'est pas pour l'empereur que les frères Lallemand avaient conspiré, mais plutôt pour servir les desseins inavoués et mystérieux de Fouché, qui, dans cette circonstance comme dans d'autres, poussa jusqu'au génie l'art de faire agir les hommes sans se compromettre.
Lorsqu'une dépêche du maréchal Masséna, transmise de Marseille à Paris par le télégraphe aérien, le seul qui existât alors, vint apprendre l'arrivée de l'empereur et les progrès de sa cause, le Gouvernement envisagea l'étendue des périls qui le menaçaient et qu'aggravait l'état d'esprit de l'armée. Des mesures furent immédiatement prises. Le comte d'Artois partit pour Lyon avec le duc d'Orléans et le maréchal Macdonald; le duc de Bourbon, pour l'Ouest. A Lyon comme en Vendée, on pouvait compter sur la fidélité des populations, qui avaient, en. d'autres temps, combattu et soutTert pour la cause royale, et espérer (^ue les troupes se laisseraient entraîner par leur exemple. Le duc d'Angoulème se trouvait à Bordeaux avec sa femme. Un exprès lui fut envoyé, avec l'ordre de se rendre à Toulouse, Nîmes et Marseille, afin d'organiser la résistance dans le Midi. La princesse devait rester à Bordeaux et tenir dans la vi'le autant ([u'elle le pourrait. Le roi garda près de lui le duc (le Berry. Ce prince était jeune, ardent, chevaleresque ; nul ne semblait mieux doué que lui pour retenir dans le devoir la garnison de l'aris. A dater de ce jour, on le vit
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dans les casernes, essayant de s'y rendre populaire, jusqu'au moment où sa présence devint insuffisante à refréner les sympathies des soldats pour l'empereur, qui s'accentuaient avec plus de force, au fur et à mesure que le succès final de Napoléon devenait moins douteux.
On a dit longtemps qu'à l'approche du danger qui menaçait la couronne, les princes de la maison de Bourbon avaient manqué de courage et d'habileté. Cette assertion est mensongère; l'histoire l'a démentie. Les princes, à l'exemple du roi, s'élevèrent à la hauteur de ce danger. Au poste dans lequel il avait été placé, chacun d'eux fit son devoir; la duchesse d'Angoulême en poussa l'accomplissement jusqu'à l'héroïsme. S'ils furent vaincus, ce n'est point à eux qu'il faut s'en prendre, mais à la puissance des souvenirs laissés par l'empereur dans l'armée. Ces souvenirs se réveillèrent au mois de mars 1815, avec une irrésistible énergie. Les fautes politiques d'où résullait l'impopularité du gouvernement royal n'y ajoutèrent rien. N'eussent-elles pas été commises, ils auraient eu cependant sur l'armée une influence décisive; elle se serait soulevée quand même en faveur de Napoléon, comme elle se souleva dans un mouvement de passion que nul ne pouvait prévoir, bien qu'il se préparât depuis le jour où l'empereur avait dû renoncer, pour sa famille et pour lui, à la couronne de France.