‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 27 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

allocution enflammée à laquelle ils répondirent par un unanime cri de «Vive l'empereur! » Le lendemain, il partait à leur tête pour Auxerre, où il se rencontra avec Psapoléon, qui, en le voyant, lui ouvrit les bras.

Ce fut le dernier coup porté à la Restauration, IS'apoléon pouvait maintenant arriver jusqu'à Paris sans rencontrer d'obstacle sur sa route. Il suffisait qu'il se montrât pour (jue les armes dirigées contre lui tombassent des mains des soldats. Il s'avançait à grandes journées; à toute heure, des émissaires chargés d'observer sa marche venaient annoncer qu'il avait franchi une étape de plus, que son armée se grossissait de tous les déserteurs de la cause royale. Dans les rues de Paris, ses partisans, recrutés surtout parmi les officiers en demi-solde, relevaient la tète, annonçaient son retour, affectaient des airs victorieux, bravaient la police, dont la crainte du lendemain paralysait le zèle.

Autour du roi, on continuait à discuter des plans sans en arrêter aucun. La certitude de la défaite dominait les dévouements les plus sûrs, les stérilisait. Les projets succédaient aux projets, les objections s'entassaient sur les objec* lions, et, tandis que les intendants de la maison royale commençaient secrètement des apprêts de départ, emballaient les diamants de la couronne pour les emporter, réunissaient en hâte les ressources pécuniaires, afin de protéger contre la pauvreté le nouveau et trop vraisemblable exil du roi, des personnages compromis par la lutte qu'ils avaient soutenue contre l'empereur, à commencer par M"" de Staël et Chateaubriand, (initiaient Paris.

Au même moment. Benjamin Constant publiait dans le Journal des Débats un violent manifeste contre l'empereur, dans lequel, à la veille d'embrasser sa cause, quand il le vit vainqueur, il déclarait « qu'il ne se traînerait pas d'un pouvoir à un autre » et resterait fidèle au roi. C'étaient là les derniers accents des dévouements abattus ou des fidélités expirantes; d'autres accents y répondaient, ces cris de « Vive

rempereiu! » par lesquels était accueilli le duc de Berry se présentant aux troupes.

Aux Tuileries, les uns voulaient que le roi, entouré de sa maison militaire et des Chambres, fortifié dans cette position, attendît dans son palais l'arrivée de Bonaparte, tandis que ses amis auraient soulevé les royalistes de la France entière pour les amener à son secours. Le maréchal Marmont soutenait ces projets, qu'il se faisait fort de mener à bonne (in. D'autres étaient d'avis que Louis XYIII se rendît en Vendée, où la résistance serait facile à organiser et d'où il pourrait aller s'embarquer à la Bochelle, s'il ne réussissait pas à repousser l'usurpateur. On lui conseillait aussi une retraite vers Lille, qui offrait, avec ses murs et ses forts, un asile, et en outre l'avantiige d'être à proximité de la frontière.

De tous ces plans, c'était le premier, celui qui comptait le duc de Raguse parmi ses partisans, qui souriait le plus au roi. «Je resterai aux Tuileries, disait-il; je veux voir en face l'homme qui prétend s'asseoir sur mon trône. Je compte toujours sur mon peuple, après l'accueil que j'en ai reçu. » Mais, à la réflexion, on ne tardait pas à comprendre que ce projet était plus grandiose que sage ; il fallait bientôt y renoncer et s'arrêter à la nécessité de fuir, (juaiid il en était temps encore.

Réduit à cette nécessité, Louis XVIII décida qu'il se rendrait à Lille. Il n'était plus possible d'hésiter; Bonaparte venait d'arriver à Fontainebleau. La journée du 19 mars s'écoula, consacrée aux derniers préparatifs. Une ordonnance fut préparée et envoyée au Moniteur, qui la publia le lendemain ^0 mars, pour prononcer la clôture de la session des Chambres. M. de Vitrolles reçut l'ordre de partir pour le Midi, afin de seconder les efforts du duc d'Angoulême. On réunit une douzaine de millions, en or, en billets de banque et en lettres de change sur Londres, Vienne et Hambourg. Enfin, une note fut envoyée aux ambassadeurs

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