‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 28 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

des puissances, à l'efTet de leur expliquer qu'en quittant Paris avec sa maison militaire, le roi embrassait l'unique parti qui lui restait à prendre, puisiju'il n'y avait pas dans la capitale un seul régiment sur lequel il pût compter.

La nuit venue, il monta dans une voiture de voyage avec le maréchal Berthier, prince de Neufchcàtel, commandant de l'une des compai-nies des gardes du corps, le duc de Duras et le comte de Blacas. Autour de lui, les serviteurs qu'il laissait paraissaient accablé; par la douleur. Il leur adressa un émouvant adieu et partit sous une pluie torrentielle que le vent jetait contre les vitres de son carrosse. Trois autres voitures suivaient la sienne, escortées par un petit groupe de cavaliers. Le comte d'Artois et le duc de Berry avaient assisté ta son départ. En le quittant, ils se rendirent au Champ de Mars, où les attendait la maison militaire, formant un effectif d'environ quatre mille hommes. Ils se placèrent à sa tête avec le maréchal Marmont et sortirent de Paris, se dirigeant vers le Nord. Le roi leur avait donné rendez-vous à Lille.

Lui-même y arrivait dans la journée du îl'2 mars, après avoir traversé des populations sympathiques à sa cause. Il y fut reçu par le maréchal Mortier et rejoint par le duc d'Orléans et le maréchal Macdonald. Le premier ne put lui taire les sentiments de la garnison qu'il avait tenté en vain de maintenir dans le devoir. « Si elle veut aller rejoindre Bonaparte, s'écria Louis XVIII, qu'on lui ouvre les portes. La garde nationale et ma maison militaire suffiront pour assurer au roi un dernier asile sur le territoire français. » Mais on ne pouvait pas plus songer à renvoyer les troupes qu'à les ramener à la cause royale. Le roi de France se décida alors à se rendre à Dunkerque en passant par la Belgique.

Le duc d'Orléans et le maréchal Mortier l'accompagnèrent jusqu'à la sortie de la ville, dans laquelle le second revint ensuite pour prévenir les violences auxquelles la garnison pourrait être tentée de se porter, tandis que le premier,

70 illSTÛiRL I)i: LA IlLSTAUllAllUX.

décrété (ranestation par le maréchal Davoust, que l'empereur venait île nommer ministre de la guerre, se dirigeait vers Tournay. Au moment de se séparer du maréchal Mortier, il apprit que ce dernier, porteur depuis le matin de l'ordre d'arrêter le roi et les princes, s'était refusé à l'exécuter. Macdonald, de son côté, ne prit congé du roi qu'à la frontière, lui restant fidèle jusqu'au bout, comme il l'avait été jusqu'au bout envers l'empereur, qu'il refusa de servir pendant les Cent jours.

Le roi était à Ostende dans la soirée du di. Le surlendemain, il s'apprêtait à rentrer en France pour gagner Dunkerque, où d'après ses instructions envoyées au comte d'Artois, au moment de quitter Lille, celui-ci devait s'être rendu, iMiainl il apprit que son frère n'avait pas reçu son avis; que, iiL' euniiaissant des événements que l'entrée du roi en Belgique, il avait lui-même passé la frontière, après avoir licencié la plus grande partie de ses troupes, et venait d'arriver à Ypres avec environ trois cents hommes.

Ces nouvelles douloureuses contraignirent le souverain fugitif à renoncer à ses premiers projets. Il fallait maintenant attendre les événements. Il demanda au roi des Pays- Bas Tautorisation de s'établir provisoirement à Gand. Elle lui fut accordée, et c'est là qu'il se rendit. Les débris de sa maison militaire vinrent l'y retrouver avec son frère et le duc de Berry.

Depuis sept jours, >"a]^.oléon résidait aux Tuileries. Il y était arrivé dans la soirée du '20 mars, reçu par la reine Ilortense, madame Joseph Bonaparte, les femmes et les ûlles (le ses anciens dignitaires, accourues à la nouv^.dle de sa prochaine arrivée et après le départ du roi. En descendant de voiture, il était tombé dans les bras de ses officiers, réunis au nombre de plusieurs centaines pour acclamer son retour. Il fut porté dans leurs bras jusqu'au premier étage et ne reprit pied que pour entrer dans les salons illuminés, remplis d'une foule parée, qui, en l'attendant, s'était aniu-

Page 1