LIVRE PREMIER
sée à arracher des tapis les fleurs de lis, à l'aide desquelles on avait caché les abeilles qu'on y pouvait voir imprimées au temps de son règne.
Ainsi commençait la triste aventure des Cent jours, au grand effroi de la France. A cette heure, ni cette armée qui veiîait d'acclamer son ancien général, prête encore à le suivre sur les champs de bataille, ni ces généraux qui se ralliaient à sa cause, en souvenir du passé, après avoir juré fidélité aux Bourbons, ni ces courtisans dont quelques-uns, le comte de La Valette, par exemple, avaient facilité sa rentrée dans Paris en s'eniparant de la direction des services publics, ne représentaient la cause de la patrie. Ils représentaient la cause d'un homme en qui celle-ci n'avait plus confiance et dont elle appréhendait le retour; c'était de nouveau la liberté proscrite, la guerre déchaînée, l'invasion assurée, et, pour tout dire, d'irréparables malheurs accuiiinlés sur la France.
Tandis que la monarchie succombait à Paris, ses partisans les plus courageux essayaient de la défendre dans les provinces méridionales. Nous avons dit que le duc de Bourbon s'était rendu dans l'Ouest par ordre du roi. Mais, dans ce pays fidèle à la cause des Bourbons, la prise d'armes que le prince était venu provoquer et hâter ne put être immédiate, par suite de l'énergie des autorités impériales. Ce fut seulement dans le courant du mois de mai que la Vendée se souleva. Le duc de Bourbon ne s'y trouvait plus depuis le 31 mars, ayant dû quitter le sol français comme tous les princes de sa maison. Plus heureux que lui, le duc et la duchesse d'Angoulême purent entreprendre, chacun de son côté, de prolonger une résistance qui fut l'honneur des dernières heures du gouvernement royal.
Lorsque Napoléon débarqua au golfe Juan, ils étaient à Bordeaux. Le 10 mars, le neveu de Louis XVIII, investi du commandement des divisions militaires du Midi, quittait cette ville pour se rendre à Nîmes et à Marseille, laissant
à sa femme le soin d'organiser la lutte dans la Gironde. Le lendemain de son départ, la princesse forma un conseil de gouvernement, composé des notabilités bordelaises, auquel elle demanda de la seconder dans la mission dont elle était chargée. Elle avait une grande intrépidité d'âme, capable de concevoir et d'exécuter des résolutions énergiques. Elle appela le général Decaen, qui commandait la division dont Bordeaux est le siège, et 'e consulta. Il ne dissimula pas qu'il serait imprudent de > ompter sur la fidélité des troupes. Là, comme ailleurs, elles étaient sympathiques à Bonaparte; tout était à redouter d'elles quand elles connaîtraient la marche vers Paris de leur ancien général. La princesse et ses conseillers s'arrêtèrent alors au parti de lever des corps de volontaires, avec l'espoir que cet exemple empêcherait l'armée d'abandonner la cause du roi. Quinze jours après, ces compagnies étaient organisées. La princesse les passa en revue; elles avaient des chefs énergiques, et parmi eux M. de Martignac, qui devait illustrer plus tard son nom comme ministre de Charles X. Elles s'engagèrent à combattre jusqu'à la mort.
Le :28 mars, on apprit que le général Clauzel, nommé par l'empereur au commandement de la Gironde, s'avançait vers Bordeaux avec deux cents hommes, comptant sur la garnison pour lui livrer la ville. Cinq cents volontaires furent envoyés coiiti r lui. afin de lui disputer le passage de la Dordogne, à Saint-André-de-Cubzac. Mais, inexpérimentés et peu aguerris, ils ne purent tenir contre les vieux soldats (lu général Clauzel. Mis en déroute, ils rentrèrent dans Bordeaux en y jetant le découragement et l'alarme, tandis que le bataillon des Impériaux venait camper devant la ville, sur la rive droite de la Garonne, d'où son chef écrivit à la duchesse d'Angoulême une lettre respectueuse pour la supplier de ne pas prolonger une lutte inutile.
La princesse indignée donna l'ordre au général Decaen de se mettre à la tète de la garnison et de marcher contre