‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 30 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

le général Clauzel, Cet officier fut obligé de répondre que la garnison refssait de combattre et n'irait à l'ennemi que pour se faire ouvrir ses rangs et prendre parti pour l'empereur. La duchesse, loin de se laisser décourager, conçut alors un projet courageux, celui d'aller elle-même dans les casernes pour en appeler au dévouement et à la fidélité des soldats. Ce projet, elle l'exécuta, malgré les efforts qui furent tentés pour le lui faire abandonner. Mais l'accueil qu'elle reçut auprès de ceux qu'elle voulait convaincre fut terrible. Ni son éloquence, ni ses larmes, ni son émouvant héroïsme, ni l'appel qu'elle fit aux sentiments des troupes dans les termes les plus pathétiques ne purent les entraîner, et les seuls cris provoqués par sa présence furent des cris en faveur de Napoléon. Elle dut alors renoncer à défendre la ville, et ne songea plus, au. moment de la quitter, qu'ci couvrir de sa protection ceux qui s'étaient levés à sa voix.

La capitulation de Bordeaux fut signée le 1" avril. Le même jour, la duchesse d'Angoulême s'éloignait, accompagnée par le consul anglais et par une centaine de volontaires, pour se rendre à Pauillac, où elle s'embarqua à bord du Wanderer. Le lendemain, le général Clauzel entra dans Borde ux. Dans la lettre qu'il écrivit au ministre de la guerre pour lui annoncer son succès, il lui signalait la consternation des habitants, l'admiration que l'héroïque conduite de la duchesse d'Angoulême avait éveillée dans tous les cœurs, et lui parlait de la nécessité de prendre à bref délai des mesures pour étouffer les germes de sédition.

Tandis que Bordeaux se rendait à l'empereur, par suite de la défection des régiments chargés de conserver cette ville au roi, le duc d'Angoulême, après avoir organisé à Marseille et à Nîmes une armée composée de volontaires et de toutes les troupes sur lesquelles il croyait pouvoir compter, s'était jeté, dès le 25 mars, sur la route de Paris, avec

l'espoir d'y rejoindre l'empereur, dont il ignorait l'arrivée dans la capitale. Il avait divisé son armée en trois corps, dont deux seulement purent être complètement formés. Ils devaient se diriii;er sur Valence, l'un par la vallée des Alpes, l'autre en suivant les bords du Khùnc. Le prince se mit à la tête de ce dernier, fort d'environ cinq mille hommes.

On rencontra un parti de troupes impériales sous les ordres du général Dcbelle, aux abords de Montélimart. Il n'y eut là qu'un combat sans importance, dont la petite armée du duc d'Angoulême sortit aisément victorieuse et qui lui permit de poursuivre sa marche en avant. Déjà cependant, quelques défections se manifestaient dans ses rangs, parmi les débris de régiments que le prince avait réunis à ses volontaires. Il était néanmoins plein de courage, comptant sur l'exemple de ceux-ci pour raffermir les fidélités ébranlées.

Le 2 avril, il retrouvait les forces qu'il voulait détruire au pont de la Drôme, dont elles gardaient le passage entre Loriol et Livron. Il n'hésita pas à enlever le pont de vive force et y parvint, malgré la mauvaise volonté de ses artilleurs, dont quelques-uns tiraient en l'air. Les impériaux battirent en retraite. Jusqu'au soir, il put les poursuivre et leur faire un assez grand nombre de prisonniers. Mais ce brillant succès fut le dernier de cette courte campagne. Le 7 avril, l'armée royale arrivait à Valence. C'est là que le duc d'Angoulême se vit arrêté par les désastreuses nouvelles qui lui furent communiquées.

D'une part, le deuxième corps qui devait le rejoindre, et sur lequel il comptait pour continuer la campagne, s'était dispersé en route par suite de la défection des soldats. D'autre part, le général de Grouchy, sorti de Lyon pour venir à sa rencontre, s'avançait avec neuf mille hommes au secours du général Debelle. A Nîmes, après son départ, les partisans de l'empereur, pour la plupart officiers en demisolde, avaient soulevé la garnison, arboré les aigles et le

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