LIVRE PREMIER
drapeau tricolore. A Marseille, à Montpellier, au Poiit- Saint-Esprif, des mouvements analogues s'étaient accomplis. A Toulouse, le gouvernement que M. de Vitrolles était parvenu à fonder au nom du roi venait de succomber, M. de Vitrolles lui-même d'être arrêté. La puissance de l'empereur se rétablissait dans le Midi comme elle s'était rétablie dans le reste de la France. Quoique le duc d'Angoulême ne connût pas ces nouvelles dans tous leurs détails, il en sut assez pour comprendi'e que la cause qu'il défendait ne pouvait plus être victorieuse par les moyens dont il disposait. Il résolut alors de revenir sur ses pas, refusant d'abandonner sa petite armée, voulant partager jusqu'au bout sa fortune, au lieu de fuir, comme on le lui conseillait, et de chercher un asile en Piémont.
Mais, dans la matinée du 9 avril, en arrivant au bourg de la Palud, il apprit que la citadelle du Pont-Saint-Esprit était au pouvoir des troupes impériales. Maîtresses des deux rives du Rhône, elles lui coupaient désormais la retraite. C'est alors qu'il se vit dans la cruelle nécessité de capituler. Une convention intervint donc entre lui et le général Gilly, à la Palud, gros bourg du département de la Drôme. Elle portait que les volontaires seraient licenciés, qu'ils rentreraient dans leurs foyers sous la protection des autorités impériales et que le prince serait conduit à Cette, où il s'embarquerait. Telle fut la fin de cette campagne, à laquelle n'avaient manqué ni l'énergie ni le courage. Comme tous les efforts tentés alors pour défendre le trône de Louis XVIII, elle échoua par suite de la trahison des soldats et des chefs qui les commandaient.
La convention de la Palud ne fut pas scrupuleusement observée. Contrairement à la parole donnée, le général de Grouchy ne voulut pas laisser partir le prince pour Cette avant de savoir s'il entrait dans les plans de l'empereur de le rendre libre. 111e retint six jours prisonnier. C'est seulement le 7 avril que le duc d'Angoulème put s'embarquer à
Cette, après avoir couru danger de mort. On sait, en effet, que l'empereur, en apprenant son arrestation, avait donné l'ordre de le fusiller, ordre ([Lii fut d'ailleurs repris aussitôt que donné, heureusement pour sa mémoire.
La convention ne fut pas mieux observée en ce qui touchait les volontaires. Les autorités impériales négligèrent de protéger leur retour. Dans plusieurs villes du Midi, les royalistes subissaient des outrages et des mauvais traitements. Les volontaires du duc d'Angoulême n'échappèrent pas au sort commun. Plusieurs d'entre eux furent spoliés et maltraités en rentrant à Nîmes. Il y en eut sept odieusement massacrés dans le village d'Arpaillargues. L'histoire doit mentionner ces faits, car ils furent une des causes des réactions sanglantes qui éclatèrent quelques mois plus tard.
Au 10 août 1815, la résistance que la monarchie légitime avait tentée contre l'Empire était vaincue partout, l'ère de la première Restauration délinitivement close. Napoléon régnait de nouveau, en apparence souverainement, en réalité victime de la révolution, dont il était obligé de devenir complice pour soutenir sur ce trône violemment reconquis, de cette révolution qui l'eût rapidement étouffé, si la coalition des puissances de l'Europe ne s'était chargée de détrôner à jamais sa redoutable et fatale puissance.