LIVRE PREMIER
ÎIESURES MILITAIRE 5 PRISES PAR L'EMPEREUR — LES FÉDÉRATIONS — ORGANISATION DU GOUVERNEMENT — FOUCHET, CARXOT, BENJAMIN CONSTANT — MARCHE DES ALLIÉS — RÔLE ODIEUX DE FOUCHÉ — LE CHAMP DE MAI — L'ARMÉE DU NORD SOUS LE COMMANDEMENT DE L'EM- PEKEUU — WATERLOO — DÉFAITE DE L'ARMÉE IMPÉRIALE.
En arrivant en France, l'empereur ne croyait pas que le maintien de la paix fût compatible avec sa présence sur le continent. Quelles que fussent à cet égard ses déclarations publiques et intimes, ses actes et le soin qu'il mettait à les dissimuler démontrent aisément qu'il ne se faisait aucune illusion sur les suites de son retour inattendu et de son foudroyant succès, et qu'il s'attendait à voir les puissances qui lui faisaient la guerre l'année précédente se coaliser de nouveau pour hâter sa chute.
La déclaration qu'elles avaient lancée de Vienne le 13 mars ne lui était pas encore connue, qu'il prenait déjà ses précautions pour leur résister. Ce fut son premier soin. A peine arrivé à Paris, il avait voulu se rendre compte des ressources que lui offraient les casernes et les arsenaux, en hommes, en armes, en munitions. Par ses ordres, d'importantes commandes de fusils avaient été faites. Les officiers et les soldats en congé étaient rappelés ; des corps de réserve formés avec la garde impériale qui devait être réorganisée, des corps d'observations, au nombre de huit, envoyés sur toutes les frontières, sous les ordres de commandants éprouvés, et enfin, quinze mille hommes jetés en Vendée, où les populations se levaient pour le roi, poussées par (le fidèles partisans de ce dernier, à cette aventure qui devait se donner peu {\c jours après, par l'écrasement de l'insurreclion.
Les forces que l'empereur parvint à réunir ainsi étaient
de deux cent soixante-seize raille soldats, instrument redoutable dans ses mains, s'il n'avait été contraint de les disperser sur les diverses frontières. Quand il eut pourvu à toutes les nécessités, il ne lui resta que cent vingt-huit mille hommes pour organiser son armée du Nord, qui devait porter la première le choc de l'ennemi. Carnot, devenu ministre de la guerre, proposait, il est vrai, d'armer les gardes nationales et les ouvriers ; il espérait ressusciter les prodiges de la Convention, organiser comme alors la victoire et mettre deux millions de Français sur pied. Ces projets reçurent même un commencement d'exécution que les événements empêchèrent de poursuivre. Des fédérations de volontaires furent formées par toute la France; mais, au lieu de devenir, ainsi qu'on l'avait espéré, un puissant moyen de résistance, elles servirent surtout à provoquer la guerre civile, dans le Midi notamment, où, par les traitements qu'elles firent subir aux royalistes, elles contribuèrent à provoquer les représailles qui signalèrent la seconde Restauration.
En même temps que l'empereur se préparait à la guerre qu'il jugeait inévitable, il organisait son gouvernement. Dans les trois jours qui s'écoulèrent après son arrivée, il forma son ministère. Carnot, qu'il avait séduit et qu'il venait de créer comte, en récompense de sa belle défense d'Anvers, eut l'Irftérieur; Fouché, accouru aux Tuileries, avec le pressentiment du rôle qu'il était appelé à jouer, la Police; Caulamcourt, les Affaires étrangères, auxquelles il eût préféré un commandement, et qu'il accepta par dévouement, quoique convaincu que, dans ce poste, son concours resterait sans efficacité; Gambacérès, la Justice; Gandin, duc de Gaëte, leslinances; Mollien, le Trésor; Davoust, la Guerre; Decrès, la marine. Le duc de Bassano fut nommé secrétaire d'Etat. Le comte de La Valette, qui s'élait emparé de la direction générale des postes, au moment où Louis XVIII quittait Paris, la garda. La plupart des ministres que nous venons