‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 35 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Boissy d'Anglas, de Lameth, Langiiinais, Laiïitte, Dupont de l'Eure, Roy, et même deux anciens conventionnels, Barrère et Cambon. Une assemblée dans laquelle se trouvaient de tels liommes ne pouvait devenir l'instrun^ent servile qu'en réalité souhaitait Napoléon. Il fut vite convaincu qu'il serait tenu de s'entendre avec elle, qu'il ne parviendrait pas à la dominer.

Le 1" juin, eut lieu la réunion du Champ de Mai. Parmi les splendeurs d'une mise en scène théâtrale, l'empei-eur, vêtu d'un costume de brocart et d'or, prêta le serment à la Constitution, reçut ceux des Chambres et de l'armée. Quelques jours plus tard, le 12, tandis que les deux Chambres, animées du même esprit d'indépendance et de défiance, finissaient de voter pour la forme une adresse, il quittait Paris pour aller se mettre à la tête de l'armée du Nord. La guerre était devenue inévitable.

L'armée du Nord, ainsi qu'on l'a vu, comprenait cent vingtquatre mille hommes, divisés en cinq corps placés sous le commandement des généraux Drouetd'Erlon, Reille,Yandamme, Gérard et Lobau. La cavalerie marchait sous les ordres du maréchal Grouchy; le maréchal Soult était major-général. Cette armée, sur laquelle allait porter tout l'effort des alliés, possédait une artillerie de trois cent cinquante canons. Quelque important que fût cet elTeclif, (juclque forte que lut cette organisation, ils étaient insuffisants en présence des forces que les coalisés amenaient contre la France. Si l'empereur avait eu la liberté d'attendre quelques jours, avant d'entrer en campagne, il aurait pu réunir quatre cent mille hommes. Mais le temps manquait pour se préparer à la lutte ; il dut s'y jeter sans être en état, malgré tout son génie, de tenir tète aux armées qu'il allait combattre et qui comptaient, a l'heure où il les abordait, deux cent vingt mille hommes.

Il avait quitté Paris le soir du lH juin; le 14, il était à Beaumont, assuré de la concentration de ses troupes, opérée à l'insu de l'ennemi, et qui lui permettait de tirer parti de la

dispersion des forces de celui-ci. Le 15, il se porta sur Charleroi, qu'il enleva aux Prussiens ; il les poussa jus- ({ir/i Fleurus, et (jiioique le succès de cette journée fût bien précaire, il eut du moins la satisfaction d'avoir contenu Prussiens et Anglais, en les empêchant de se rejoindre.

Le lendemain, il attaqua de nouveau les premiers à Ligny. Le combat fut acharné, dura jusqu'au soir et se dénoua par la retraite de l'ennemi. Pendant le même temps, Ney, arrivé la veille seulement, et aussitôt investi d'un commandement, luttait sur la loute de Charleroi à Bruxelles pour enlever aux Anglais la position des Quatre-Bras. L'incertitude de son succès rendit la bataille indécise; elle n'eut d'autre résultat que d'avoir contenu Fennemi. Le 16, l'empereur, laissant Grouchy barrer la route à ce dernier, avec trente-trois mille hommes, marcha contre les Anglais, établis au nombre de soixante-quinze mille sur le plateau du mont Saint-Jean, couvrant le village de Waterloo et la forêt de Soignies. Soixante-dix mille soldats marchaient sous ses ordres. Campé non loin de l'ennemi, il l'attaqua le 18, à onze heures du matin, empêché d'agir plus tôt par l'état du terrain, qu'un orage avait détrempé, par la nécessité de mettre ses troupes en ligne, mais donnant de la sorte aux Prussiens le temps de venir grossir le nombre de ses adversaires.

Après une démonstration heureuse sur le chtâteau d'Hougoumont , il donna l'ordre à Ney d'enlever la ferme de la Haie-Sainte. Le mouvement du maréchal fut d'abord couronné de succès, et la ferme enlevée. Mais, toujours impétueux, l'héroïque soldat, sans attendre de nouveaux ordres, s'élança sur le plateau du mont Saint-Jeau, menaçant inutilement l'armée anglaise et obligeant l'empereur à lui renvoyer des renforts pour le soutenir. Il accomplit là des prodiges d'héroïsme. Onze fois de suite, il ramena ses hommes contre l'ennemi, charges impétueuses qui malheureusement venaient se briser contre le rempart vivant formé par

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