LIVRE PREMIER
Au même instant, l'empereur de Russie exprimait un doute devant les conseils de l'Europe , quant à l'efficacilé d'une seconde Restauration des Bourbons, et après s'être assuré que rAulriche ne voulait pas l'aire de Marie-Louise une régente et de son fils un empereur, mettait en avant un projet de monarchie nouvelle sur la tête du duc d'Orléans.
Le duc d'Angoulême , à Madrid , s'elîorçait d'obtenir des secours du gouvernement espagnol pour agir dans les provinces méridionales de la France, qu'il avait dû fuir. La princesse sa femme en demandait à Londres afin d'opérer dans le Nord. Ces troupes, dans la pensée de ceux qui les sollicitaient, devaient entrer en France sur-le-champ, sans attendre l'effet général de la coalition. Mais les alliés voulaient marcher ensemble. Ils tenaient à ne pas éparpiller leurs forces, et, pénétrés du danger que ferait courir, dans l'avenir, à la monarchie restaurée, le souvenir de leur concours, ils tenaient à agir en dehors de l'action du roi, afin que son retour ne devînt pas, aux yeux des Français, un sujet de terreur et ne fût pas considéré comme une cause de vexation.
Dans l'entourage de Louis XYIII , on discutait ([uolidiennement sur l'attitude que devait prendre le roi en remontant sur son trône. Les idées les moins sages, les plus extra vagantes, se révélaient dans ces débats. Elles avaient pour principaux propagateurs les personnages qui , lors de la première Restauration, s'étaient fait l'organe des plus violentes réactions. D'autre part, M. de Blacas, M. Laine, Chateaubriand, insistaient pour qu'on donnât un gage aux as[>irations de liberté et pour qu'on maintînt la Charte.
Ainsi, tandis qu'à Paris et jusque dans les cours des souverains alliés, on émettait la pensée que la France ne voulait plus des Bourbons et qu'on ne pouvait les lui imposer, à Gand, les uns voulaient que le roi créât, en rentrant dans ses Etats, un pouvoir fondé sur des bases nouvelles; les au-
très, que, par le maintien de la Charte, il continuât simplement la première Restauration, en tenant compte de l'expérience acquise pour ne pas retomber dans les fautes commises en 181 i.
A Paris, les Chambres impériales s'étaient réunies aussitôt après les élections. Dès sa première séance, celle des députés manifesta son mauvais vouloir contre l'empereur en nommant comme président M. Lnnjuinais, l'un des rédacteurs de l'acte de déchéance de 1814, et comme vice -présidents M. Flaugergues, député de l'Aveyron, le général de Lafayette et le général Grenier, connus également tous les trois pour les sentiments hostiles qu'ils nourrissaient contre l'Empire.
Les discussions ultérieures dévoilèrent des velléités d'opposition. La Chambre des députés était malveillante pour Napoléon. Elle ne se hâta pas, cependant, de manifester ses sentiments. L'empereur avait quitté Paris pour entrer en campagne; il fallait attendre. On sait qu'il revint après la défaite de Waterloo. C'était dans la nuit du 20 au 21 juin. Il arriva aux Tuileries harassé , couvert de poussière. L'histoire a recueilli les paroles qu'il prononça en y entrant : <( L'armée a fait des prodiges, s'écria-t-il, en cherchant à atténuer aux yeux de ses auditeurs l'étendue de son désastre; une panique l'a saisie; tout a été perdu. Ney s'est conduit comme un insensé. 11 m'a fait massacrer toute ma cavalerie. Il me faut deux heures de repos pour être capable de songer à mes affaires. J'étouffe ! Un bain ! Qu'on m'apporte un bain ! »
Quand il eut recouvré un peu de calme, ses ministres se réunirent. Ils lui exprimèrent le regret qu'il eût quitté son armée pour venir à Paris, où l'attendait une crise politique. Il parut peu touché de ces regrets; il était venu à Paris parce qu'il ne possédait plus que des débris d'armée, parce que, pour réparer sa défaite, il était obligé de recourir à des mesures extraordinaires. Il demandait des pouvoirs illi-