‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 39 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

mités, une dictature temporaire, la levée en masse. Les ministres l'écoutaient, tête baissée, laissant passer ce flot de paroles; ils ne pouvaient plus être convaincus; ils le sentaient perdu.

Fouché, qui n'avait cessé de le trahir et ne Tavait servi qu'avec la pensée de précipiter sa chute, ne fit aucune opposition à ces projets irréalisables. Il songeait déjà à tirer parti pour lui-même des circonstances nouvelles qu'il voyait naître et à devenir l'arbitre de la situation qui allait éclater. C'est Regnaud de Saint-Jean-d'Angely qui eut le courage de dire la vérité à l'empereur : la Chambre attendait son abdication.

Lucien protesta. Napoléon l'interrompit pour dresser le tableau des forces qu'il pouvait encore réunir. A l'entendre, entraîné par son imagination, dont la puissance exaltait sa parole, il pouvait vaincre s'il était secondé. II espérait que la présence de l'ennemi sur le sol national donnerait aux Chambres, au pays tout entier, le sentiment du devoir. Le conseil resta incrédule. Il se sépara sans avoir pris aucune décision.

A la même heure, la Chambre des députés se réunissait. Elle se déclara en permanence, en traitant par avance de criminelle toute tentative qui serait faite pour la dissoudre. Elle affirmait ainsi son pouvoir en face du pouvoir impérial. C'était la déchéance. Quand cette décision fut communiquée à l'Empereur : « J'aurais dû congédier ces gens-là avant mon départ, dit-il avec amertume ; ils vont perdre la France. » Puis, il répondit par un message dans lequel il développait les plans qu'il avait déjà soumis à ses ministres.

Ce document à peine lu, le député Lacoste s'écria : « Je ne vois qu'un honmie entre la paix et nous. Qu'il parte, et la patrie sera sauvée ! » Lucien se dévoua pour défendre son frère. « La France va-t-elle oublier ses serments, abandonner l'Empereur? » Le général La Fayette se leva et prit la parole en ces terme? : « Elle l'a suivi dans les sables de

l'Egypte comme dans les déserts de la Kussie, sur cinquante champs de bataille, dans ses succès comme dans ses revers, et c'est pour l'avoir suivi que nous avons à regretter le sang de trois millions de Français. » Le député Manuel, encore inconnu, Dupin l'aîné, Jay, parlèrent tour à tour, unanimes à démontrer la nécessité de l'abdication. La Chambre nomma ensuite une commission chargée d'aviser aux mesures de salut public qu'exigeait la situation. Telle fut sa réponse au message impérial. A la Chambre des pairs, où il fut porté ensuite, il ne suscita ni dévouement ni secours.

L'Empereur restait inerte, indécis, troublé, entre son frère, qui lui conseillait un coup d'État, et le duc de Vicence, qui, soutenu par le duc de Bassano, conseillait l'abdication. La commission nommée par les députés se présenta demandant que Napoléon s'éloignât. Il retrouva son sang-froid pour répondre qu'il allait envoyer des plénipotenliaires aux alliés et qu'il se retirerait s'il était un obstacle à la paix. Mais on voulait une abdication immédiate : « Je verrai, répondit-il; mon intention n'a jamais été de refuser d'abdiquer. J'ai été soldat, je le redeviendrai. Mais je veux qu'on me laisse y songer en paix dans l'intérêt de la France et de mon fds. Dites à ces messieurs d'attendre. » Ce fut son dernier effort. Le 2:2 juin, il signait l'acte par lequel il renonçait au trône et proclamait son fils empereur des Français sous le nom de Napoléon IL

Après avoir reçu communication de l'abdication de l'Empereur, la Chambre des députés décida de nommer une commission de cinq membres, deux pris parmi les pairs, trois parmi les députés, pour exercer provisoirement le pouvoir. Fouché, Carnot, Quinette, le duc de Vicence et le général Grenier composèrent cette commission. Fouché en fut élu président. Il était parvenu à éloigner son rival, le général de La Fayette, dont il redoutait l'inlluence, en le faisant désigner pour se rendre avec cinq de ses collègues, auprès des souverains coalisés, afin d'arrêter leur marche,

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