LIVRE PREMIEH
— mission di'risoire qui iilla se heurter à Laou contre un parti pris que ponelié n'ignorait pas, de ne traiter qu'avec Louis XYIiJ.
Cependant les débris de l'armée ralliés après Waterloo par le maréchal de Gronchy revenaient en toute hâte sous les murs de Paris pour y devancer l'ennemi. Fouché, qui redoutait l'impression que la vue de ses soldats malheureux, exaspérés, convaincus qu'ils avaient été trahis, pourrait produire sur l'empereur, le décida à partir avant leur arrivée. Napoléon se rendit à la Malmaison, d'où, après avoir suivi de loin, impatient, irrité et en même temps découragé, les rares combats qui se livraient entre Paris et Versailles, auxquels il brûlait de prendre part, il partit le 30 juin pour Uochefort, d'où il espérait gagner l'Amérique. Le 3 juillet, en arrivant dans cette ville, il apprit qu'une flotte anglaise gardait les passes et qu'il ne pouvait déjouer sa surveillance qu'en prenant passage à bord d'un petit navire qui avait chance de se glisser entre les bcàtiments britanniques. Il hésita à partir, perdit en tergiversations un temps précieux, et ne se décida que sur l'ordre qu'il reçut de Paris de quitter immédiatement le territoire français. Il se fit conduire à l'île d'Aix pour y attendre le sauf-conduit qu'il avait demandé à Londres. Le 15, ce sauf-conduit n'arrivant pas, il se décida h se confier aux Anglais, sans leur demander une garantie pour sa sûreté personnelle, que d'ailleurs il n'eut pas obtenue, et se rendit sur le Bellérophon, qui le conduisit devant la baie de Torbay. Il voulut descendre à terre ; on l'en empêcha, et, pendant plusieurs jours, il fut retenu prisonnier, malgré ses protestations. Une lettre qu'en quittant la France il avait écrite au prince régent pour se placer sons sa protection n'avait pas été remise, ou tout au moins on n'y voulait pas répondre. Il l'apprit de la bouche de l'amiral Keitt, qui vint lui faire savoir, le 30 juillet, qu'il allait être conduit à l'ile de Sainte-Hélène. Il protesta solennellement, mais ce fut en vain, et le 7 août, le vaisseau le
Northumberland l'emportait vers la terre lointaine, où il devait expier son ambition et sa gloire.
Les troupes ramenées par Grouchy, au nombre de cinquante mille hommes, campaient autour de Paris. Le gouvernement provisoire en confia le commandement au maréchal Davoust. Le maréchal Masséna avait été déjà placé à la tête de la garde nationale. L'heure était venue de prendre des décisions énergiques. Wellington et Blûcher s'avançaient vers la capitale à la tête de deu.K corps de troupes formant plus de cent mille hommes, qui ne précédaient que de quelques jours le gros de l'armée alliée. Malgré la différence numérique qui existait entre les forces ennemies et les forces nationales, Paris aurait pu se défendre et frapper un grand coup, s'il eût été couvert sur la rive gauche par des travaux de défense semblables à ceux qui existaient sur la rive droite. Malheureusement, par la rive gauche, la ville offrait un accès facile à l'invasion.
Et puis, trop d'intrigues s'étaient nouées autour du gouvernement pour qu'on pût compter sur l'union des volontés, qui pouvait seule assurer et féconder la résistance. Le baron deYitrolIes tiré par Fouché des cachots deVincennes, où l'empereur l'avait fait emprisonner, envoyait à Louis XVIII émissaires sur émissaires pour hâter son retour. Fouché, après avoir précipité la chute de l'empereur, cherchait à faire un gouvernement dans lequel il eût été tout-puissant et travaillait à cette œuvre dans l'ombre, désirant se ménager les bonnes grâces du roi, si celui-ci l'emportait. Il négociait avec Wellington, lequel, de son côté, essayait de paralyser le mauvais vouloir de Clùcher, qui voulait traiter la France comme un pays con ]uis et oubliait que les alliés avaient solennellement déclaré qu'ils ne faisaient la guerre qu'à l'empereur. MM. Roycr-CoUard, Pasquier, le maréchal Oudinot, le général de Gouvion Saint-Cyr s'agitaient pour faire proclamer le roi, tandis que la Chambre tenait pour Napoléon II, avec une régence, et discutait un projet de
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constitution. Fouché engageait enfin des pourparlers avec le généralissime anglais, afin crobtcMiir un armistice, qu'il aurait mis à profit pour faire aboutir ses plans.
L'échec de ces pourparlers porta la question sur un autre terrain. Le gouvernement provisoire dut examiner s'il devait se résigner à une capitulation ou tenter le hasard d'une bataille suj.rème. Après divers conseils de guerre, après un sérieux examen des moyens de défense dont Paris disposait, après un rapport de Carnot,qui démontra leur insuffisance, le premier parti l'emporta. On se décida à capituler. Cette décision rendait inévitable le retour du roi, qui seul pouvait s'interposer efficacement entre le pays vaincu et l'invasion triomphante.
Louis XVIII fut averti secrètement que rien ne s'opposait plus à sa restauration. Il approchait de Paris. En entrant dans Cambrai, il avait publié une habile proclamation, dans laquelle, après avoir rappelé que, pendant les Cent jours, aucun prince de sa famille n'avait paru dans les rangs étrangers, il reconnaissait que son gouvernement avait fait des fautes, et promettait d'en éviter le retour. Des garanties nouvelles devaient être introduites dans la Charte; l'unité du ministère devait être désormais une vérité. Il s'engageait à pardonner aux Français égarés, mais il exemptait du pardon les auteurs et les instigateurs de la trahison et les désignait à la vengeance des lois. Telle fut cette proclamation, inspirée par M. deTalleyrand. Peut-être aurait-il mieux valu qu'elle couvrît d'une indulgence complète tous ceux qui avaient abandonné la cause royale. Mais les partis, comme les hommes, ont leurs passions. Le roi devait au sien une satisfaction, et la nécessité de châtier ses ennemis lui fut imposée par la raison d'Etat.
Le 3 juillet, le gouvernement provisoire signait à Neuilly avec Blucher et Wellington, par l'entremise de commissaires spéciaux, une convention militaire portant une suspension d'armes jusqu'à la paix, qui n'engageait que les
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chefs des deux années, le terrain restant libre pour la conclusion de cette paix. Les Chambres ratifièrent ces engagements. L'armée se montra plus résistante. La convention décidait qu'elle se retirerait derrière la Loire. Quanil cette condition leur fut connue, les soldats firent entendre de violentes protestations, proférèrent des menaces, déclarant qu'ils n'obéiraient pas et courraient sus à l'ennemi. Une portion de la population des faubourgs s'associa, de son côté, à ces résistances vaines, qui exposaient Paris aux plus effroyables aventures. Le général Drouot se dévoua. Il harangua la garde, sur laquelle il exerçait une toute-puissante iniluence, et parvint à la mettre en marche vers Orléans. Le reste de l'armée suivit. La garde nationale dissipa, sans coup férir, les attroupements qui s'étaient formés dans Paris. Le 7 juillet, Bliicher entrait dans la capitale, et dispersait à la fois les Chambres nommées par l'empereur et le gouvernement provisoire, dont le règne'était terminé.
Au cours de ces incidents dirigés par lui, Foiiché avait déployé le génie d'intrigue qui lui était propre. Gi'àce au duc de Wellington et à M. de Talleyrand, qu'il avait su mettre dans ses intérêts, il s'était fait imposer au roi comme membre de son conseil, malgré le mépris et l'horreur qu'en sa qualité de régicide, il inspirait à ce prince. Depuis la veille, Louis XVIII était à Saint-Denis et travaillait à y former son ministère. Cédant à la prière de ses conseillers, il s'était résigné à éloigner de lui, en l'envoyant à Londres comme ambassadeur, son favori, M. de Blacas, sur lequel on se plaisait à faire peser la responsabilité des fautes de la première Restauration. M. de Talleyrand eut la présidence du conseil, le portefeuille des affaires étrangères et celui de l'intérieur; Fouché, la police; le baron Louis, les finances; le général Gouvion Saint-Cyr, la guerre; M. Pasquier, les sceaux; le comte de Jaucourt, la marine. M. Dambray restait grand-chancelier. La préfecture de police, refusée par MM. Meunier et Angles, fut offerte à
M. Decazes, qui l'accepta. C'était un jeune conseiller à la Cour de Paris, commandant un bataillon de la garde nationale, qui, pendant les Cent jours, avait refusé de servir l'empire, et s'était dévoué pour la cause royale. Aucun de ceux qui le nommaient préfet ne se doutait du progrès qu'il allait faire dans la faveur du roi, ni de l'importance du rôle qu'il était destiné à jouer. Fouché seul pressentit sa force, et, dès ce moment, se défia de lui.
Le même jour, le roi signa deux ordonnances, l'une déclarant nulles et non avenues les nominations faites depuis le 20 mars, l'autre réintégrant dans leurs emplois et leurs grades les fonctionnaires et les officiers qui en avaient été dépossédés.
Dans la matinée du 8 juillet, au moment où Louis XVIII se préparait à se rendre aux Tuileries, Fouché essaya de lui imposer la constitution que la Chambre avait fini par voter; il voulut aussi lui faire accepter la cocarde tricolore et, en évoquant le spectre de la révolution, toujours aux aguets, le détourner d'entrer solennellement dans Paris. Le roi, indigné, écarta sa proposition. Le même jour, au bruit du canon des Invalides, entouré de son frère, de ses neveux, de ses mousquetaires, des maréchaux et de la garde nationale, il arrivait à la barrière Saint-Denis, où il fut reçu par M. de Chabrol, préfet de la Seine. Tous les assistants avaient arboré la cocarde blanche. L'entrée fut triste; il n'y eut pas de Te Deum chanté à Notre-Dame; trop de désastres pesaient sur la patrie depuis trois mois; trop de Français étaient tombés à Waterloo; une angoisse profonde étreignait trop cruellement les cœurs déchirés par le spectacle des Prussiens bivouaquant dans les rues de Paris.
M. de Chabrol harangua le roi, fit appel à l'oubli du passé, à l'union de tous les Français. C'est dans cette harangue que fut employée pour la première fois cette expression des « Cent jours», sous laquelle l'histoire allait désor- DADDET. — Histoire de la Restauration. 7
mais désigner le second et éphémère règne de l'empereur. Le roi fut accompagné aux Tuileries par des acclamations ardentes. Elles saluaient son retour, auquel était attaché en ce moment le salut de la France vaincue, envaiiie et sanglante.