‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 41 sur 177 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

LE MINISTÈRE TALLEYRiND — LE MINISTÈRE RICHELIEU

(Juillet 1815 — Décembre 1818)

PREMIERES DIFFICULTES QUE RENCONTRE LOUIS XVIII — SPOLIATION DES MUSÉES — EXACTIONS DES ARMÉES ALLIÉES — ORDONNANCE DU ■iî-l JUILLET — ARRESTATION DU MARÉCHAL NEY, DU COLONEL LABÉDOYÈRE, DU COMTE DE LA VALETTE ET DE PLUSIEURS GÉNÉRAUX — CONDAMNA- TIONS — LA TERREUR BLANCHE, SES CAUSES, SES CONSÉQUENCES A NIMES, MARSEILLE, TOULOUSE ET AVIGNON — ASSASSINAT DU GÉNÉRAL RAMEL ET DU MARÉCHAL BRUNE.

Ce n'était pas tout pour Louis XVIII d'être remonté sur son trône; il fallait s'y maintenir au milieu des difficultés les plus graves contre lesquelles un souverain ait eu jamais à lutter. La France humiliée et dévastée par l'invasion, eu proie aux exigences hautaines des alliés, les ultra-royalistes avides de représailles et de vengeances, Tannée irritée de ses défaites et frémissante au delà de la Loire, la guerre civile imminente, la révolution désarmée, mais non vaincue, les finances épuisées, tels sont les principaux traits qui caractérisent la situation en juillet 1815.

En rentrant aux Tuileries, le roi avait pu voir, du halcon sur lequel il s'était présenté pour répondre aux acclamations de la foule rassemblée sous ses croisées, les canons prussiens braqués sur son palais. Dès le lendemain, il avait à résister à Blûcher, qui voulait faire sauter les ponts d'Iéna et d'Austerlitz, et qui exigeait de la ville de Paris une con-

tributioii de guerre de cent millions. Il fallut une énergique fermeté pour s'opposer à l'accomplissement de ces projets. L'intervention du duc de Wellington en fit retarder l'exécution; l'arrivée des souverains qui entrèrent dans la capitale le 11 juillet les fit abandonner. On donna aux ponts un nouveau nom, et ils lurent épargnés. Quant à la contribution de guerre, elle fut réduite à huit millions.

On fut moins heureux en ce qui touchait les musées. L'invasion de 181i les avait respectés; celle de 1815 y reprit les œuvres d'art que, depuis quinze ans, nos armées avaient conquises dans leurs courses victorieuses à travers l'Europe. Nulle humiliation ne fut plus cruelle à l'orgueil national. On dut aussi licencier les troupes qui campaient derrière la Loire. Le général de Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre, s'acquitta heureusement de cette tâche délicate, et put entreprendre ensuite la reconstitution d'une armée nouvelle.

A ce moment, les étrangers, et surtout la Prusse et l'Autriche, mettaient en coupe réglée les contrées qu'ils occupaient, p niaient les villes où ils passaient si elles avaient tenté de résister, en assiégeaient d'autres, comme Longwy et Huniugue, qui avaient reçu du roi l'ordre de se défendre et se défendaient héroïquement. Les réclamations du gouvernement demeuraient vaines. Tout ce qu'il put obtenir, ce fut une sorte de régularisation de cet état de choses, si propre à le dépopulariser. On assigna des cantonnements à chaque armée; les départements eurent des gouverneurs étrangers à côté des autorités royales rétablies; malgré les efforts de Louis XYIII, les trois quarts du territoire eurent à subir, pendant de longs mois, le sort des pays conquis. La Prusse et l'Autriche ne parlaient de rien moins que de s'approprier les contrées voisines de la frontière allemande, et la responsabilité de ce qu'il y eut d'odieux dans leur conduite retombait sur les Bourbons, impuissants à l'empêcher.

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