‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 42 sur 177 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Cependant, il fallait pourvoir à la formation des chambres, celles des Cent jours s'étant évanouies avec le régime qui les avait créées. Le 13 juillet, une ordonnance royale convoqua les collèges électoraux d'arrondissements pour le 14 août suivant, et pour le 21 du même mois les collèges des départements. A défaut d'une loi électorale, il fut décidé que Ton conserverait le corps électoral nommé à vie, en l'an X, par les assemblées primaires cantonales. Les collèges d'arrondissements devaient élire une liste de candidats parmi lesquels ceux des départements choisiraient quatre cent deux députés. Les électeurs devaient avoir au moins vingt et un ans, les élus vingt-cinq. Il était dit en outre dans l'ordonnance royale que, ultérieurement, les articles de la Charte qui avaient trait aux élections seraient revisés et remplacés par une nouvelle loi.

Quant à la Chambre des pairs, on la forma avec celle de 1814, de laquelle furent exclus, au nombre de vingt-six, les membres qui avaient siégé dans celle des Cent jours. L'ordonnance qui la constituait ainsi lui conféra l'hérédité. Un peu plus tard, le 17 août, une autre ordonnance la compléta, par la nomination de quatre-vingt-quatorze nouveaux pairs, parmi lesquels figuraient plusieurs maréchaux de l'empire, ralliés aux Bourbons, des royalistes hdèles, tels que Chateaubriand, et même des hommes d'opinion libérale, comme Lanjuinais et Boissy d'Anglai^.

Un autre devoir, plus douloureux celui-là, s'imposait au gouvernement.Dans la proclamation de Cambrai,LouisXYI II, en promettant le pardon aux « Français égarés », avait dit : (( Mais le sang de mes enfants a coulé par une trahison dont les annales du monde n'offrent pas d'exemple. Cette trahison a appelé l'étranger an cœur de la France. Chaque jour me révèle un désastre nouveau. Je dois donc, pour la dignité de mon trône, pour l'intérêt de mes peuples, pour le repos de l'Europe, exempter du pardon les auteurs et les instigateurs de cette trame horrible. » L'engagement pris en ces termes

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par le roi, les puissances coalisées le lui rappelaient depuis sa rentrée. Elles réclamaient des garanties contre le retour d'une révolution nouvelle; il ne fut pas possible d'attendre la réunion des Chambres, qui devaient, d'après la proclamation-de Cambrai, désigner les coupables.

Ils le furent par une ordonnance du 24 juillet. Cette ordonnance renvoyait devant les conseils de guerre le maréchal Ney, les généraux Lallemand aîné, Lallemand jeune, Drouet d'Erlon, Lefebvre-Desnouettes, Ameilh, Braver, Gilly, Moutoii-Duvernet, de Grouchy, Clauzel, Laborde, Debelle, Bertrand, Drouot, Cambronne, le duc de Rovigo et le comte de La Valette. En outre, trente-neuf autres personnages, parmi lesquels se trouvaient Carnot, le maréchal Soult, Thibaudeau, les généraux Exelmans, Vandamme et Lamarque devaient quitter Paris dans un délai de trois jours pour aller attendre des décisions ultérieures dans des lieux qui leur seraient désignés par le ministre de la police. Le cynique Fouché avait lui-même dressé cette liste, en tête de laquelle il aurait dû figurer. Carnot lui écrivit : « Où dois-je me rendre, traître? d Fouché répondit : « Où tu voudras, imbécile. » De tels mots révèlent ce que vaut une âme.

L'ordonnance du 24 juillet arracha une protestation au maréchal Davoust. Il revendiqua publiquement l'honneur de figurer sur ces tables de proscription, plusieurs de ceux dont le nom y était inscrit n'ayant agi que par ses ordres. Il ne fut pas fait droit à sa demande. On se contenta d'accepter sa démission du commandement de l'armée de la Loire, qui n'était pas encore licenciée et à la tète de laquelle fut placé le maréchal Macdonald.

Les dispositions de l'ordonnance du 24 juillet furent immédiatement appliquées. Le 3 août, le maréchal Ney fut arrêté dans le Lot; on commença à instruire son procès. Précédemment, on avait arrêté le comte de La Valette, qui s'était emparé le 20 mars de la direction des postes, et le colonel de Labédoyère, qui, à Grenoble, avait conduit son

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