LIVRE DEUXIÈME
régiment à rempereur. Grâce au dévouement ingénieux de sa femme, le comte de Ln Valette parvint à s'échapper de sa prison, la veille du jour où il devait être exécuté. Moins heureux, le colonel de Labédoyère fut envoyé devant un conseil de guerre et condamné à mort. Quoique ayant conquis ses grades sous l'empire, il avait été, en 1811, l'objet spécial des bontés du roi ; il appartenait par ses alliances à la noblesse royaliste; il ne parut pas possible de lui faire grâce. Il fut fusillé le 19 août dans la plaine de Grenelle et mourut courageusement.
Quant aux autres généraux et officiers dont l'arrestation était ordonnée, et dont des décisions ultérieures avaient accru le nombre, plusieurs parvinrent à s'échapper; avec le temps, ils furent l'objet de mesures de clémence. D'autres, moins heureux, furent jugés par des commissions militaires.
Les généraux Boyer, Debelle, Gruyer et Travot s'entendirent condamner à mort ; leur peine fut commuée en celle du bannissement. Le général Bertrand, qui avait suivi l'empereur à Sainte-Hélène, fut condamné à mort par contumace, ainsi que Lefebvre-Desnouettes, d'Erlon, Lallemand, Rigau, Gilly, Clauzel, Brayer, Ameilii, Morand et Rovigo; on acquitta Drouot, Cambronne etLiiiois ; Radet, qui avait escaladé le Quirinal pour arrêter Pie VU, alla en prison; Bonnaire fut déporté; on exécuta les généraux Chartran et Mouton- Duvernet et les frères Faucher. Des officiers d'un grade inférieur tombèrent également victimes du mouvement qui les avait jetés dans les bras de l'empereur, et des fureurs allumées par leur conduite.
Il y eut ainsi plusieurs exécutions capitales sur divers points du territoire, de nombreuses condamnations au bannissement, à la déportation, à la réclusion, que la clémence royale effaça plus tard, quand la mort ne les avait pas rendues irréparables, mais qui jettent une ombre sinistre surles premiers temps de la Restauration. Elles doivent être considérées, pour la plupart, comme le triomphe de la réaction
royaliste, car s'il est vrai qu'il fut impossible au gouvernement royal de se montrer clément pour quelques-uns de ceux qui l'avaient trahi, c'eût été assez de frapper les chefs, et il eût été beau de gracier tant de braves gens à qui le souvenir du passé, le prestige de l'empereur avaient fait perdre tout sang-froid, et qui ne durent d'être découverts qu'à de misérables délations.
Ce qu'il y eut de plus grave, c'est que cette période de réaction coïncidant d'une part avec la conspiration de Grenoble, et les exécutions qui en furent la suite, et d'autre part avec les troubles du Midi, marqués par les plus odieuses représailles, l'esprit de parti a pu associerions ces événements entre eux et en rejeter la responsabilité sur le gouvernement du roi, qui n'avait rien fait pour les provoquer et qui fut irapuissant à les conjurer. C'est cet ensemble de faits que l'histoire désigne sous le nom de « Terreur blanche » et qu'il faut maintenant achever de raconter.
Durant les Cent jours, les royalistes dans plusieurs départements avaient été l'objet des pires traitements de la part des partisans de l'empire victorieux. Dans le Gard, notamment, après la convention de la Palud, intervenue entre le duc d'Angoulème et le général Gilly, les volontaires royaux furent traités en ennemis, au mépris de la capitulation qui avait promis de les protéger. Plusieurs d'entre eux, traversant le village d'Arpaillargues, y furent massacrés avec les raffinements les plus barbares. A ces provocations vint s'ajouter la compression rigoureuse à laquelle fut soumis le département. Puis, il y eut des levées d'hommes qui laissèrent derrière elles un grand nombre de déserteurs. Ces malheureux vécurent entre Agde, dans l'Hérault, et le hameau des Saintes-Mariés, à la pointe de la Camargue, privés des choses nécessaires à la vie. Il y avait dans leurs rangs des artisans sans éducation, aux passions violentes, entre autres, Jacques Dupont, dit Trestaillons, simple travailleur de terre dont ces tristes jours allaient faire un grand