‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 44 sur 177 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

criminel, qui traînaient pauvrement leur existence en attendant le retour du roi.

Quand, au lendemain de Waterloo, les commissaires délégués par Louis XVIII se présentèrent à eux, ces proscrits ne songèrent plus qu'à se venger. Ils se rendirent à Beaucaire et y formèrent un corps d'armée pour marcher sur Nîmes, où le général Gilly tenait encore au nom de l'empereur. Lorsqu'ils arrivèrent devant cette ville, le général en était parti avec ses troupes. Ils y entrèrent exaspérés, croyant avoir à combattre de nombreux bataillons, tirant des coups de fusil dont l'un tua un ouvrier étranger aux passions qui les animaient eux-mêmes. Les journées qui suivirent furent, pour la cité, des journées de terreur. Trestaillons et d'autres scélérats à son image, Truphemy, Servent et autres, y provoquèrent une réaction sanglante. Ils attaquèrent les troupes impériales, au moment où, sur la foi des traités, elles quittaient les casernes, après avoir, il est vrai, tiré la veille sur le peuple; ils firent parmi elles une trentaine de victimes. Des maisons protestantes furent mises au pillage. Pendant la seconde quinzaine de juillet il ne s'écoula pas de jour qui ne vît tomber des malheureux, victimes des réactions royalistes. Dans la seule journée du 1" avril, on compta quinze morts, et dix, le 19 du même mois. Ils avaient tous péri, non dans des collisions, mais lâchement assassinés par la bande de Trestaillons.

A Uzès, au même moment, un autre personnage du nom de Jean Gratl'and exerçait, au nom du royalisme triomphant, des représailles analogues. Le 3 août, profitant de l'inertie des autorités, il pilla et saccagea avec sa bande un grand nombre de maisons. Le soir venu, ses acolytes assassinèrent huit personnes; durant la nuit, ils allèrent massacrer six individus détenus, comme suspects de bonapartisme, dans les prisons de la ville. Le 25, Graffand, que la municipalité n'avait osé mettre en état d'arrestation, se transporta dans un village des environs d'Uzès, y lit prisonnier six

gardes nationaux, et les ramena dans la ville, où il les lit fusiller.

Ces grands crimes ne furent arrêtés que par l'entrée des troupes autrichiennes dans le département du Gard. Elles parcoururent les contrées où les bandes avaient apporté le désordre et la terreur, procédèrent à l'arrestation des individus les plus remuants, sans trouver toutefois les instigateurs de ces émeutes, et en fusillèrent une vingtaine. Ce n'est qu'à ce prix que l'ordre put être rétabli.

A la fin de septembre, Tordre fut de nouveau troublé à Nîmes par le personnel d'émeutiers qu'avait formé Trestaillons, misérables qui se couvraient du drapeau blanc et de leurs opinions royalistes pour justifier leurs forfaits. Deux artisans des faubourgs trouvèrent la mort dans ces dernières convulsions de la réaction. Une émeute éclata encore en novembre. Le général de Lagarde, qui commandait à Nîmes ayant voulu rétablir la paix, fut atteint d'une balle qui le blessa grièvement, mais fort heureusement épargna ses jours. Les rivalités entre catholiques et protestants avaient servi de prétexte à ces sanglants conflits, auxquels la parole respectée du duc d'Angoulème, venu tout exprès à Nîmes pour pacifier la population, put seule mettre un terme.

Tels furent les crimes de la réaction royaliste dans le Gard. On peut porter à cent trente le nombre de ses victimes. Ce qui fut plus grave, c'est que les meurtriers restèrent impunis. Il fut impossible d'instruire contre eux. La terreur avait glacé les témoins. Trestaillons, d'abord arrêté avec certains de ses complices, fut, comme eux, remis en liberté. Il rentra à Nîmes, y vécut méprisé, mais impuni. Quant à Jean Graffand, à Truphemy et à Servent, qui avaient avec lui terrorisé le département du Gard, c'est seulement cinq ans après, en 18^0, que leur procès fut jugé. Le premier fut condamné à mort par contumace, le second aux travaux forcés, et le troisième seul exécuté, quoiqu'il fût peut-être le moins coupable.

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